Journée mondiale de lutte contre le SIDA : la maladie continue à faire des ravages

28 millions de morts
Le SIDA a fait plus de 28 millions de morts à travers le monde depuis 1981.
25 ans après la découverte du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), l’épidémie n’est pas près d’être endiguée.

Des dirigeants du monde entier, notamment le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et Antonio Maria Costa, responsable de la lutte anti-drogue aux Nations unies, ont lancé un appel à la vigilance lundi à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, insistant sur l’importance d’alerter davantage les jeunes sur les risques de cette maladie.
“Le nombre de personnes infectées par le VIH est en baisse et on meurt moins du SIDA. Mais ceci n’est qu’un début, et la complaisance n’est pas de mise”, a souligné Ban Ki-moon. “Le SIDA n’est pas près de disparaître. Le nombre de personnes infectées par le VIH reste supérieur à celui des personnes que nous pouvons mettre sous traitement. Le SIDA compte toujours parmi les dix principales causes de décès dans le monde et demeure la première cause de mortalité en Afrique”.

Selon un rapport publié cet été par l’ONUSIDA, quelque 33 millions de personnes dans le monde sont porteuses du virus du SIDA, la grande majorité en Afrique. Mais aucun pays n’est épargné, et en dehors de l’Afrique subsaharienne, la maladie touche surtout les toxicomanes, les homosexuels et les prostituées.
Quelque 2,1 millions de malades ont succombé à la maladie l’an dernier et au moins 33 millions de personnes sont contaminées à travers le monde.
En outre, les personnes infectées, dont le système immunitaire est affaibli, ont jusqu’à 50 fois plus de risque de développer la tuberculose, soulignent les responsables de l’ONU.

D’après Antonio Maria Costa, qui dirige à Vienne le Bureau des Nations unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime, le SIDA se répand de plus en plus par l’échange de seringues infectées. “Nous estimons qu’il y a environ 16 millions de personnes dans le monde qui s’injectent des drogues, et une sur cinq risque d’attraper le SIDA”.
Selon les chiffres officiels, environ 7.000 nouvelles contaminations sont enregistrées chaque jour dans le monde. Les jeunes de 15 à 24 ans représentent environ 45% des nouvelles infections HIV.

L’Afrique sub-saharienne reste l’épicentre de la pandémie, et le Sida y est la première cause de décès. Ailleurs dans le monde, la communauté homosexuelle masculine, les consommateurs de drogues en intraveineuse et les travailleurs du sexe sont les catégories les plus exposées.
En Asie le Sida reste la principale cause de mortalité pour les 15-44 ans. Près de 5 millions de personnes vivent avec le VIH en Asie, dont 440.000 meurent chaque année. Au rythme actuel, 8 millions de personnes supplémentaires risquent d’être infectées d’ici à 2020 et le nombre de mort pourrait s’élever à 500.000 par an.

De plus, l’augmentation de la mobilité en Asie du Sud-Est, alors que les gens sont à la recherche d’opportunités économiques, rend des millions d’entre eux plus vulnérables au VIH/sida, selon un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Le rapport révèle que malgré leur contribution aux économies nationales, les migrants ont peu ou pas de droit à une protection légale ou sociale et ont généralement peu accès aux services et à l’information sur le VIH/sida.

Le rapport note que les comportements à risque et les taux d’infection au VIH sont considérablement plus élevés chez les migrants que dans la population générale. En Thaïlande, des pêcheurs migrants ont un taux d’infection de 9%. Aux Philippines, 35% des personnes enregistrées vivant avec le VIH sont des migrants de retour. Au Laos, le chiffre est de 30%.
« Les travailleurs migrants sont une force vitale pour les économies nationales dans l’Asie du Sud-Est mais quand il s’agit de protéger leurs droits et de s’assurer qu’ils ont accès à la prévention et au traitement en matière de VIH, ils sont souvent oubliés », souligne le directeur du PNUD pour la région Asie-Pacifique, le Dr. Ajay Chhibber.


La lutte
De l’Afrique du Sud à Haïti, des dizaines d’actions étaient organisées dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA. En Afrique du Sud, notamment, où une minute de silence a été observée en hommage aux victimes de la maladie, une manifestation d’unité sans précédent a mis fin à une décennie de déni sur l’épidémie qui tue près de 1.000 personnes par jour.
Selon Ban Ki-moon, il faut notamment « mettre fin à l’opprobre et à la discrimination qui continuent d’empêcher beaucoup de gens d’apprendre comment se prémunir contre le VIH ou comment accéder à des soins ».

La Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, note que « la stigmatisation des gens vivant avec le VIH est aussi forte que jamais ». « Un tiers des pays n’ont pas encore de lois protégeant les gens vivant avec le VIH ». « L’existence de lois punitives sur la divulgation de la séropositivité, la criminalisation de la transmission du VIH, les interdictions de voyage pour les gens porteurs de la maladie (7 pays sont totalement fermés aux malades, et 65 imposent des barrières à la circulation de 65 millions de malades dans le monde), la mauvaise protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles, la marginalisation et l’hostilité à l’égard des minorités sexuelles, des travailleurs du sexe, des consommateurs de drogue, des prisonniers poussent les gens à se cacher et à ne pas bénéficier des traitements contre la maladie ».

A Washington, le président américain George W. Bush a affirmé que les efforts qu’il avait engagés pour lutter contre la maladie avaient déjà atteint leur objectif de soigner deux millions de personnes en Afrique subsaharienne. Quand son administration a lancé le Plan d’urgence du président pour lutter contre le SIDA en 2003, l’objectif était de venir en aide à deux millions de personnes en cinq ans grâce à un traitement anti-rétroviral. “Je suis heureux d’annoncer que nous avons déjà dépassé cet objectif”, a-t-il déclaré lors d’une cérémonie organisée pour l’occasion à la Maison-Blanche.

Fin juillet, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) avait salué la signature ‘historique’ aux Etats-Unis d’une loi reconduisant ce fonds de lutte de 48 milliards de dollars, jusqu’en 2013. Le plan a pour objectif d’empêcher 12 millions de nouvelles contamination par le VIH, de soigner plus de deux millions de personnes à l’aide des traitements anti-rétroviraux, de supporter le coût des soins de 12 millions de malades, et de former au moins 140.000 travailleurs médicaux. Il stipule également que 10% des fonds devront être alloués aux orphelins du SIDA ou aux enfants vulnérables.
Le programme de George W. Bush vise principalement les pays de l’Afrique sub-saharienne, les plus touchés par le SIDA, mais a également fourni une aide aux pays des Caraïbes et autres régions du monde frappées par la maladie.

Le Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a indiqué lundi que 2 millions de personnes vivant avec le sida avaient reçu un traitement grâce aux programmes soutenus par le Fonds, soit une hausse de 43% par rapport à l’an passé. Le Fonds fournit près du quart des ressources mondiales consacrées à combattre la maladie.
Par ailleurs, la Première Dame de France, Carla Bruni-Sarkozy, a accepté de travailler avec le Fonds en devenant Ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le sida. “Je ne m’engage pas par hasard”. “C’est le prolongement de quelque chose que j’ai déjà fait avec ma famille”, a-t-elle expliqué, en référence à la fondation qui porte le nom de son frère Virginio Bruni-Tedeschi, mort du SIDA.


Nets progrès en 2007 de la prévention et du traitement du VIH/sida
La prévention et le traitement du VIH/sida ont connu pour la première fois de nets progrès en 2007 dans le monde, même si l’épidémie n’a cessé nulle part, affirmait en juillet le Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008 publié par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA).

Quelques 3 millions de personnes reçoivent à l’heure actuelle un traitement antirétroviral dans les pays à revenus faibles ou moyens.
En 2007, 950.000 malades supplémentaires ont ainsi pu bénéficier d’accès aux traitements, mais 6,7 millions sont encore en attente de soins.
Selon les auteurs du rapport, la quantité accrue de médicaments disponibles grâce à la réduction des prix explique l’augmentation de la couverture des traitements.

Parmi les pays qui offrent désormais un traitement à quasiment tous les malades, on compte le Botswana, le Brésil, le Chili, le Costa Rica, Cuba et la République démocratique populaire lao.
La Namibie a étendu le traitement de 1% des malades en 2003 à 88% en 2007. Le Cambodge de même est passé de 14% en 2004 à 67% en 2007. Un peu partout les femmes sous traitement sont plus nombreuses que les hommes.

ONUSIDA souligne également que le nombre de décès attribuables au sida a baissé au cours des deux dernières années, passant de 2,2 millions à 2 millions en 2007, en partie grâce à l’amélioration des efforts de prévention et de traitement.
Autre signe de progrès, des modifications du comportement sexuel au Rwanda et au Zimbabwe ont entraîné un déclin du nombre de nouvelles infections. Dans un grand nombre des pays les plus atteints, le recours au préservatif augmente parmi les jeunes à partenaires multiples.

L’augmentation de l’âge moyen lors des premiers rapports sexuels constitue un autre signe encourageant, observé dans sept des pays les plus atteints : le Burkina Faso, le Cameroun, l’Ethiopie, le Ghana, le Malawi, l’Ouganda et la Zambie. Au Cameroun, le pourcentage de jeunes ayant eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans est passé de 35% à 14%.
Le rapport relève en outre l’engagement accru des pays en faveur de la circoncision dans les régions lourdement touchées d’Afrique sub-saharienne.

Par ailleurs, la situation des enfants connaît un progrès. De 2005 à 2007, le pourcentage de femmes enceintes séropositives qui reçoivent un traitement préventif de la transmission mère-enfant est passé de 14% à 33%. Près de 500.000 femmes enceintes ont ainsi eu accès à des antirétroviraux destinés à éviter la transmission à leur enfant.
Au cours de la même période, le nombre de nouvelles infections chez les enfants a chuté de 410.000 à 370.000. Plusieurs pays – dont l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, le Belarus, le Botswana, Cuba, la Géorgie, Moldova, la Fédération de Russie et la Thaïlande – ont fait de très gros progrès dans le traitement des femmes enceintes séropositives.

Toutefois, « même si le nombre d’infections nouvelles dues au VIH/sida a diminué dans plusieurs pays, l’épidémie de sida n’est vaincue nulle part dans le monde », a déploré le directeur d’ONUSIDA, Peter Piot, lors d’une conférence de presse mardi à New York.
« Le nombre d’infections nouvelles dues au VIH/sida a baissé de 3 millions en 2001 à 2,7 millions en 2007. Mais le taux de nouvelles infections dues au VIH/sida est en augmentation dans de nombreux pays comme la Chine, l’Indonésie, le Kenya, le Mozambique, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Fédération de Russie, l’Ukraine et le Vietnam », affirme ONUSIDA.
« Le sida reste la cause majeure de mortalité en Afrique, où se trouvent 67% des personnes vivant avec le VIH/sida. Dans cette région, 60% des personnes vivant avec le VIH/sida sont des femmes et il en est de même pour les trois quarts des jeunes vivant avec le VIH/sida ».


Bilan après la conférence de Mexico
Cet été, la conférence de Mexico, 17e réunion internationale sur le sida, qui se tenait pour la première fois en Amérique latine, a rassemblé quelque 24.000 délégués de plus de 190 pays pour plus de 600 débats ou réunions, sans compter les 80 conférences de presse pour les 2.000 journalistes.
En clôture des débats, Michel Kazatchkine, directeur du Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, s’est félicité qu’aujourd’hui “des vies (soient) sauvées sur une échelle sans précédent”.

Il a insisté aussi sur la nécessité impérieuse de respecter les engagements de financement, alors que 33 millions de personnes sont atteintes par le virus et que seulement 3 des 10 millions qui en ont besoin reçoivent un traitement.
Les Nations Unies se sont engagées en 2006 sur le principe d’un “traitement pour tous” pour 2010. “Nous sommes profondément troublés que à moins de deux ans de la date fixée pour un accès universel, le G8 ait fourni seulement un peu plus du tiers des ressources promises d’ici 2010”, a dit M. Kazatchkine. “Les pays doivent faire plus pour que le sida et la santé soit une priorité financière”.

De plus, une augmentation des coûts est à prévoir, avec le changement progressif de médicaments devenus inefficaces pour de nouvelles molécules et de nouveaux brevets. Pour certains responsables, il apparaît d’ores et déjà “improbable” que la communauté internationale ait les moyens de traiter pendant toute leur vie tous ceux qui ont ou auront besoin d’antirétroviraux, le virus ne lâchant jamais prise.
Selon Seth Berkley, président d’un organisme américain de recherche sur le vaccin, le traitement à vie de ceux qui en auront besoin pourrait coûter quelque chose comme 90 milliards de dollars par an d’ici 2015, si rien ne change. L’Onusida parle de 54 milliards de dollars.

L’utilisation des anti-rétroviraux à titre préventif, dont le succès est avéré contre la transmission mère-enfant, suscite de nouveaux espoirs. Le Tenofovir, utilisé en post-traitement pour les personnels de santé qui se blessent, pourrait l’être aussi par ceux qui vont entrer dans une situation à risque. Les études n’ont pas encore abouti, mais les pronostics sont favorables.
De nouveaux sujets sont arrivés sur la table de la Conférence, tels que la stigmatisation des homosexuels, qui touche aussi les pays d’Afrique et fait obstacle à la prévention, et les problèmes des enfants.

Ban Ki-moon a déploré que « presque partout dans le monde, ceux qui vivent avec le VIH sont, à des degrés divers, victimes de discrimination. Dans un tiers des pays du monde, ils n’ont quasiment aucune protection juridique. Presque tous les pays autorisent une forme ou l’autre de discrimination : contre les femmes et les enfants qui contractent la maladie, contre les hommes homosexuels, contre les groupes à risque ». « La stigmatisation est ce qui entrave le plus l’action des pouvoirs publics. C’est la principale raison pour laquelle tant de gens ont peur de subir un test de dépistage ou de se faire soigner. C’est ce qui explique que le sida tue sans bruit : à en parler, ou à prendre de simples précautions, on risque d’être montré du doigt. C’est ce qui fait que l’épidémie du sida continue de dévaster des sociétés entières ».


Dépistage annuel et traitement précoce réduiraient les cas de VIH
Un dépistage volontaire universel et annuel du VIH suivi de la mise en œuvre immédiate d’un traitement antirétroviral réduirait de 95% le nombre de nouveau cas en dix ans, selon un groupe de spécialistes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a mis au point un modèle mathématique.
Les auteurs de l’étude affirment également que le dépistage volontaire universel suivi de la mise en œuvre d’un traitement antirétroviral immédiat pourrait avoir d’autres avantages pour la santé publique, notamment en réduisant l’incidence de la tuberculose et de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. De plus, le modèle laisse entrevoir une réduction de la morbidité et de la mortalité liées au VIH dans les pays à ressources limitées où l’épidémie de VIH est généralisée, souligne l’OMS.

La politique actuelle de l’OMS en matière de traitement passe par un dépistage volontaire et une évaluation clinique et/ou immunologique (p.ex. la numération des CD4) pour déterminer qui peut bénéficier d’un traitement au moyen d’antirétroviraux.
Les auteurs soulignent que cet exercice est basé sur des données théoriques et s’interrogent sur sa faisabilité, notamment en ce qui concerne la protection des droits individuels, la pharmacorésistance, la toxicité et les problèmes de financement.

L’article n’annonce pas un changement d’orientation de la part de l’OMS. Les mesures préventives recommandées par l’OMS doivent être maintenues et élargies. Elles comportent notamment la circoncision, la réduction du nombre des partenaires, l’usage correct et régulier du préservatif, ainsi que des interventions ciblant les populations les plus à risque, également connues sous le nom de “prévention combinée.”
Cependant, sur la circoncision, selon le Journal of the American Medical Association, la circoncision ne ferait aucune différence quant aux probabilités de transmission du VIH lors des rapports homosexuels. Alors que des études précédentes avaient prouvé la réduction de 50% à 60% du risque d’infection chez les hétérosexuels grâce à la circoncision, ce journal a apporté en octobre de nouveaux éléments.

L’OMS organisera au début de l’année prochaine une réunion rassemblant des spécialistes de l’éthique, des défenseurs des droits de l’homme, des cliniciens, des experts en matière de prévention et des administrateurs de programmes contre le Sida, pour discuter de cette question parmi d’autres en relation avec l’élargissement de l’utilisation du traitement antirétroviral pour la prévention du VIH.

Sources : ONU, Reuters, AP, AFP

Poster un Commentaire

avatar

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner aux commentaires  
Me notifier des