Le monde se détourne de la lutte contre le sida, juge un expert

Reuters- Kate Kelland
L’attention de la communauté internationale se détourne de l’épidémie de sida au pire moment, selon un expert qui estime que cela pourrait se traduire dans les pays à risques par une nouvelle vague d’infections.
Alan Whiteside, directeur de la division de l’économie de la santé et de la recherche sur le VIH-Sida (HEARD) de l’Université de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, explique que de nombreux pays africains, qui sont les plus menacés par la maladie, ne parviennent pas à mettre en place des mesures de prévention sur le long terme et ont besoin d’aide pour lutter contre le virus.

La menace du sida reste pourtant bien réelle dans des pays comme le Swaziland, le Lesotho, le Botswana, la Namibie, le Zimbabwe, la Zambie, le Malawi et l’Afrique du Sud, explique-t-il, et le fait que la communauté internationale donne le sentiment que le sida est un problème réglé est très risqué.
“(La lutte) contre l’épidémie de sida a bénéficié d’énormément de soutien pendant de nombreuses années mais il semble qu’on a désormais le sentiment que c’est un problème réglé”.

“Ce n’est absolument pas le cas dans de nombreuses parties du monde. Il n’est pas opportun de tourner le dos à ce problème”, a déclaré à Reuters Alan Whiteside, joint par téléphone en Afrique du Sud, où la maladie tue selon les estimations 1.000 personnes par jour.
Quelque 33,4 millions de personnes vivent avec le VIH et, depuis le début de l’épidémie dans les années 80, ce virus a contaminé près de 60 millions de personnes et causé la mort de 25 millions de personnes.
L’Afrique sub-saharienne est de loin la région du monde la plus touchée, représentant 67% des personnes infectées et 91% des nouvelles contaminations chez les enfants, selon les chiffres de l’Onu.

Alan Whiteside estime que les ministères de la Santé doivent désormais utiliser les fonds d’aide pour équiper et former des personnels de santé et mettre en place des programmes d’éducation sexuelle pour accroître leur capacité à juguler à long terme la menace de la maladie.
Les Etats-Unis et l’Afrique du Sud ont récemment promis de redoubler d’efforts dans la lutte contre le sida.
En décembre, la mission Unitaid (une centrale d’achats de médicaments pour les pays pauvres notamment financée par une taxe sur les billets d’avion) a validé un plan de mise en oeuvre d’une communauté de brevets pour faire baisser le coûts des médicaments contre le sida et proposer des traitements plus récents dans les pays pauvres.

Mais selon Alan Whiteside, les hommes politiques ont eux mêmes contribué à diffuser le sentiment que le sida n’est plus une urgence. Le changement climatique et l’environnement sont désormais les priorités et les hommes politiques pourraient abandonner la lutte contre le sida, dit-il.
“Actuellement, des millions d’Africains sont sous traitement grâce aux Américains, au Fonds mondial (de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme-NDLR) et à d’autres donateurs. Ces traitements doivent être suivis toute la vie, donc si les fonds sont redéployés, les gens vont tout simplement mourir”.

Alan Whiteside a attiré l’attention sur des pays “hyper-endémiques”, comme le Malawi et le Swaziland, où le sida est tellement répandu que la moitié des femmes âgées de 25 à 29 sont soit infectées par le VIH soit atteintes du sida.
Les programmes de prévention sont cruciaux dans ces pays, a-t-il dit, mais sont souvent incomplets et pâtissent du manque de leadership et de vision à long terme des gouvernements.
Bien qu’elle soit clairement une maladie personnelle et communautaire, le sida menace également les institutions civiles, comme les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’éducation, qui sont nécessaires pour réduire la pauvreté et soutenir la croissance économique.

“Nous ne semblons pas avoir la prévention en tête dans les pays hyper-endémiques”, a-t-il dit. “Nous avons encore des nouveaux cas – et c’est ridicule, c’est stupide, surtout si vous regardez vers l’avenir et voyez ce que cela signifie en termes de nombre de personnes qui auront besoin d’un traitement. Si nous ne concentrons pas nos efforts sur la prévention, nous ferons probablement face à de nouvelles vagues (d’infections)”.
Version française Mathilde Gardin

Lire aussi Journée mondiale de lutte contre le SIDA : la maladie continue à faire des ravages”

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar
  S'abonner aux commentaires  
Me notifier des