La foi des catholiques dans leur Eglise mise à rude épreuve

AP – Vanessa Gera
Un prêtre autrichien qui évite de citer le nom de Benoît XVI pendant la messe, une habitante de Philadelphie qui renonce à se confesser, des Britanniques appelant à la démission du pape… la multiplication des scandales de prêtres pédophiles et les révélations sur les efforts pour étouffer ces affaires mettent à rude épreuve la confiance des catholiques envers leur Eglise.

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander à l’Eglise une transparence totale, un engagement ferme à lutter contre la pédophilie et une remise en question du célibat des prêtres. « Il y a trop de victimes et trop de mensonges de l’Eglise sur ce qui s’est réellement passé », juge Martin Sherlock, un catholique vendeur de journaux à Dublin, en Irlande, pays particulièrement touché par le scandale.
Les experts estiment que l’Eglise est confrontée à une crise d’ampleur historique. « Je pense que c’est le genre de problème qui n’arrive réellement qu’une fois par siècle, et ça pourrait même être encore pire », affirme l’historien australien et ancien prêtre Paul Collins.

Le sujet n’a pas été abordé dimanche par le curé de sa paroisse près de Canberra, mais en revanche les fidèles en ont discuté après la messe, devant l’église, raconte-t-il. « Les gens sont vraiment indignés et furieux de l’échec total de la hiérarchie de l’Eglise et leur avis serait que nous sommes dirigés par des incompétents. » Cette opinion fait écho à celles de nombreux catholiques interrogés par l’Associated Press dans le monde ces derniers jours, même si certains défendent le pape Benoît XVI, visé par des allégations selon lesquelles il aurait dissimulé des cas d’abus sexuels en Allemagne et aux Etats-Unis.

Dans la très catholique Pologne, patrie de Jean Paul II, le plus haut responsable de l’Eglise locale dénonce une « attaque médiatique sans précédent » contre le pape. Les allégations à son encontre « sont totalement sans fondement » et constituent « une attaque directe contre la personne et la dignité du pape », a affirmé dimanche Henryk Muszynski, primat de Pologne et archevêque de Gniezno.
Mais à Philadelphie (nord-est des Etats-Unis), Jasmine Co, 56 ans, reconnaît que sa foi est ébranlée. Cette infirmière dit avoir cessé de confesser ses péchés à des prêtres, préférant s’adresser directement à Dieu. « Je ne crois pas dans la confession au prêtre car je ne sais pas s’il est plus pécheur que moi », a-t-elle expliqué après avoir assisté à la messe des rameaux.

« Je n’ai pas envie de quitter l’Eglise à cause des péchés de quelqu’un d’autre », déclare de son côté Linda Faust, une habitante de Greendale, dans le Wisconsin, l’Etat où un prêtre aujourd’hui décédé avait été accusé d’agressions sexuelles sur 200 garçons dans une institution pour jeunes sourds. Le cardinal Joseph Ratzinger -le futur pape Benoît XVI- avait été impliqué dans la décision de ne pas révoquer le prêtre en question dans les années 1990.

La critique vient parfois de l’institution elle-même. Udo Fischer, un prêtre autrichien connu pour ses positions libérales, refuse de citer le nom de Benoît XVI et d’autres dirigeants de l’Eglise pendant la messe tant que le Vatican n’aura pas manifesté une volonté plus forte de repentir. « Nous soulignons toujours que c’est l’Eglise de Jésus Christ, celle du seigneur Jésus et pas celle du seigneur pape », a-t-il déclaré après la messe des rameaux dans sa paroisse de Paudorf, près de Vienne.

En Autriche, l’Eglise est ébranlée par les révélations de scandales sexuels depuis plusieurs années, et la désaffection des fidèles risque de s’accentuer si rien n’est fait pour empêcher de nouveaux abus et leur dissimulation par la hiérarchie, souligne Regina Polak, de l’Institut pour la théologie pratique à l’université de Vienne.

En Norvège, l’évêque d’Oslo Bernt Eidsvig a déclaré dans une lettre la semaine dernière que « la culture du silence que certains évêques ont préconisé est une trahison ». Dimanche à Londres, une cinquantaine de manifestants ont appelé à la démission du pape.
Car dans la tempête soulevée par les scandales à répétition, l’autorité du pape n’est pas épargnée. David Gibson, un biographe de Benoît XVI, estime que les critiques contre le souverain pontife mettent « la mystique de la fonction papale » en péril.

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