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Les nouvelles routes de la soie seront-elles écologiques et durables ?

27 avril 2019

 

Rappel du contexte

 

Les nouvelles “routes de la soie” visent à multiplier les échanges entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, un projet titanesque né en 2013 dans l’esprit du président chinois.

L’objectif est de tisser une immense toile de routes, de lignes de chemin de fer et de ports dans 65 pays pour un total de plus de 1.000 milliards de dollars.

 

Des pays comme les Etats-Unis et l’Inde se montrent très méfiants envers le “BRI” (routes de la soie). Dans l’Union européenne, l’Italie a rejoint ce programme en mars, suscitant scepticisme et inquiétudes.

 

Les projets du BRI “s’inscrivent dans le tableau général qui montre la Chine gagner rapidement en influence mondiale”, observe Wang Jiangyu, professeur associé à la faculté de droit de l’Université de Singapour.

 

 

Chine : le forum des « routes de la soie » se clôture sur 57 milliards d’accords

 

Des accords de coopération pour 57 milliards d’euros ont été signés lors du deuxième forum des « Nouvelles routes de la soie » qui s’est achevé samedi 27 avril, à Pékin, a annoncé Xi Jinping.

 

Le président chinois en a profité pour exhorter davantage de pays à rejoindre la caravane chinoise.

Le mois dernier, l’Italie est devenue le premier membre du groupe du G7 à s’associer au projet chinois, malgré l’hostilité manifestée par les partenaires occidentaux de Rome.

 

Son allocution a été l’occasion une nouvelle fois de répéter ce qui avait été dit à l’ouverture : l’« Initiative ceinture et route » amène un développement « ouvert », « propre » et « vert ». Trois adjectifs magiques destinés à rassurer ceux qui s’inquiétaient de la durabilité financière, environnementale et de l’équité du projet chinois.

 

Le sommet a permis d’aboutir à 283 résultats concrets, ajoute encore le chef de l’État chinois, sans qu’on en sache les détails.

Quelque 800 entreprises et organisations non gouvernementales ont fait le déplacement cette année, avec à la clé 57 milliards d’euros d’accords.

 

 

En Asie, les projets urbains de la Chine sur des îles artificielles inquiètent

 

Avec ses projets d’extension urbaine sur des îles artificielles au Sri Lanka, en Malaisie ou aux Philippines, la Chine suscite des inquiétudes. Dans ces trois pays, des voix de plus en plus insistantes avertissent de l’impact environnemental de ces projets pharaoniques, du manque de transparence sur leur financement et du risque de voir se développer l’endettement local.

 

Le projet chinois est soupçonné, principalement dans les pays occidentaux, d’être avant tout un moyen pour la Chine de déverser ses excédents sur des pays pauvres, invités à s’endetter auprès des banques chinoises pour construire des infrastructures parfois inutiles. Les critiques mettent aussi en exergue la part du lion réservée aux entreprises chinoises.

 

Au Sri Lanka, un projet de 1,4 milliard de dollars, Port City, est engagé près de Colombo, la capitale, qui va doubler de taille. Il servira de base à Pékin en Asie du Sud mais aussi de maquette de démonstration pour illustrer l’énorme changement que la Chine peut apporter avec le BRI à ces pays, en particulier aux moins développés.

 

Les deux tiers des terrains gagnés à Colombo sur l’Océan indien seront sous contrôle chinois pour 99 ans. Les travaux d’assèchement ont été terminés mi-janvier et de hauts immeubles vont maintenant pousser. L’objectif est de créer une plateforme financière susceptible de rivaliser avec Dubaï ou Singapour.

 

Les îles artificielles font miroiter un développement économique bien nécessaire à des pays pauvres comme le Sri Lanka, frappé récemment par de sanglants attentats jihadistes.

Mais elles traînent dans leur sillage “un piège à dette caché”, avertit Ranil Senanayake, un ancien conseiller au ministère qui supervise le projet.

 

Le taux d’intérêt des prêts chinois au Sri Lanka est d’environ 6,5%, le double de ce que demandent les autres grands prêteurs -Inde, Japon-, note Dushni Weerakoon, un économiste indépendant.

 

Incapable d’honorer ses remboursements de dettes, Colombo avait dû céder à Pékin fin 2017 le contrôle complet pour 99 ans du port en eaux profondes d’Hambantota.

Le manque de transparence dans les accords conclus avec les pays pour les projets BRI nourrit également la controverse.

 

En Malaisie, le projet de Forest City, une “ville-écolo” futuriste de 1.370 hectares sur quatre îles artificielles est porté par une société commune entre le géant chinois de l’immobilier Country Garden, coté à Hong Kong, et Esplanade Danga 88, une entreprise en partie aux mains d’Ibrahim Iskandar, le puissant sultan de Johor, un Etat du sud de la Malaisie.

 

Bien avant l’achèvement prévu pour 2035 de ce projet évalué à 100 milliards de dollars, les deux tiers des installations sont déjà vendus à des acheteurs chinois. “L’une des fonctions sous-jacentes du BRI est d’aider les Chinois et les entreprises chinoises à se développer dans la région et dans le monde entier”, souligne Will Doig, auteur d’un ouvrage sur l’expansion chinoise.

 

Construire des îles est plus rapide et moins cher car nul besoin de reloger des habitants. Mais cela soulève des inquiétudes quant à l’environnement, l’érosion des côtes ainsi que sur le sort des pêcheurs et des villes voisines. Aux Philippines, les opposants à un projet d’île artificielle redoutent des risques accrus d’inondations et d’embouteillages à Manille.

 

Sources : AFP, Reuters

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