Les réseaux sociaux, terrain rêvé pour le FBI

AP – Richard Lardner
Votre prochain ami sur Facebook est peut-être un agent du FBI. De MySpace à Twitter, les réseaux sociaux sur Internet sont devenus un vaste champ d’investigation pour la police fédérale américaine, ce qui soulève aussi beaucoup de questions sur la légalité et l’encadrement de telles activités.
Un document interne du Département américain de la Justice, obtenu par une association de défense des libertés civiles, expose comment les Fédéraux se servent des réseaux sociaux, parfois sous la couverture de faux profils, pour entrer en communication avec des suspects ou récolter des informations personnelles comme des photos, des vidéos ou des messages privés.

Maxi Sopo, un habitant de Seattle d’origine camerounaise, s’est fait rattraper par la justice à cause de Facebook, sur lequel il partageait avec ses amis sa vie de rêve au Mexique. Mais ses messages sur ses aventures au “paradis” intéressaient aussi beaucoup le procureur fédéral de Seattle qui le recherchait pour escroquerie bancaire. S’il avait placé son profil personnel en accès restreint, ceux de ses amis ne l’étaient pas. C’est par ce biais que le procureur Michael Scoville a réussi à retrouver son adresse. En septembre dernier, Maxi Sopo s’est fait cueillir par la police mexicaine et attend désormais d’être extradé vers les Etats-Unis.

Il y a dix ans, les enquêteurs fédéraux surveillaient déjà Internet, notamment les forums sur AOL ou MSN, pour traquer les prédateurs sexuels. Mais ces services uniquement textuels restaient limités à côté de la mine d’informations et de preuves potentielles que recèle l’Internet d’aujourd’hui.
Les Feds peuvent ainsi vérifier un alibi en comparant les récits fournis à la police et les tweets passés au même moment. Ou rechercher sur les photos personnelles les signes extérieurs de dépenses suspectes: montres de luxe, bijoux ou voitures de sport, armes à feu.

L’Electronic Frontier Foundation, une association de défense des libertés civiles basée à San Francisco, a obtenu ce document de 33 pages en portant plainte contre le ministère de la Justice et cinq autres agences devant un tribunal fédéral pour les forcer à dévoiler leur politique en la matière.
Le document, qui faisait partie d’une présentation faite en août par des experts en cybercriminalité, expose les ressources d’Internet mais n’évoque guère “la façon de veiller à ce que les agents utilisent ces outils de façon responsable”, déplore Marcia Hoffman, avocate de l’association.

Contrairement aux agents du fisc américain, les agents du FBI peuvent mener des enquêtes sous couverture sur les réseaux sociaux. Ces enquêtes sont légales et régies par des règles internes, non précisées, selon des responsables du ministère de la Justice.
Le document du ministère évoque toutefois le cas d’une femme du Missouri inculpée pour fraude informatique pour avoir créé un faux compte MySpace, précisément ce que font les agents fédéraux sur Internet.

Lori Drew était accusée de s’être fait passer pour un adolescent sur Internet pour nuire à une adolescente de 13 ans de son quartier, dans la banlieue de Saint Louis. La jeune fille s’est suicidée en octobre 2006, après avoir reçu un message de ce prétendu ami lui disant que le monde se porterait mieux sans elle. Lori Drew avait été condamnée pour avoir violé les règles de MySpace, mais un juge a annulé l’an dernier les jugements, invoquant le flou de la législation.

De fait, le document du ministère de la Justice se demande, sans donner la réponse, si lorsque les agents violent les conditions d’utilisation des réseaux sociaux sur Internet, ils commettent une OIA (otherwise illegal activity), c’est-à-dire une activité qui constituerait un délit ou un crime dans des circonstances normales et nécessite une autorisation et un encadrement spéciaux.
Les conditions d’utilisation de Facebook, par exemple, stipulent que les utilisateurs ne doivent pas donner de fausses informations personnelles ou créer un compte pour une autre personne sans autorisation. Les règles de Twitter interdisent aussi d’envoyer des messages trompeurs ou erronés.

Un ancien procureur américain spécialiste de la cybersécurité, Marc Zwillinger, estime que les enquêteurs doivent pouvoir agir sous couverture sur Internet comme dans la vie, même si de telles conduites sont proscrites par les compagnies visées. Mais il faut tout de même poser des limites, dit-il.
“Cette situation nouvelle nécessite une surveillance approfondie pour que les forces de l’ordre n’utilisent pas les réseaux sociaux pour une intrusion dans nos relations les plus personnelles”, explique l’ancien magistrat, dont la compagnie effectue des travaux juridiques pour Yahoo et MySpace.

Le document du ministère de la Justice commente aussi la coopération des différents réseaux avec les forces de l’ordre. Facebook se montre “souvent coopératif pour les demandes d’urgence” des enquêteurs, précise-t-il, mais les avocats de Twitter demandent systématiquement des mandats avant de fournir des informations sur des clients.

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