Thon rouge : rejet de la proposition d’interdiction du commerce international à la CITES

AP – Michael Casey
Déception et colère dans les rangs des défenseurs des ressources naturelles: la proposition d’interdire le commerce international du thon rouge de l’Atlantique prisé par les amateurs de sushis s’est heurtée jeudi au rejet de plusieurs pays, Japon en tête, lors de la réunion à Doha de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

La principauté de Monaco avait présenté cette proposition aux 175 pays signataires de la convention, arguant de la nécessité de prendre des mesures drastiques pour faire face à l’effondrement des stocks (-80% dans l’Atlantique Ouest entre 1970 et 2007 et -74,3% dans l’Atlantique Est entre 1955 et 2007) en raison de la surpêche et de la demande croissante.

Une majorité des deux tiers était nécessaire pour que la résolution soit adoptée. Mais à l’ouverture des débats, il est devenu évident que la proposition rencontrait peu de soutien. Les Etats-Unis, la Norvège et le Kenya ont totalement appuyé la proposition. L’Union européenne demandait elle un report de sa mise en oeuvre jusqu’en mai 2011.

Selon Greenpeace, la discussion s’est faite sur deux propositions, celle de Monaco pour un classement immédiat de l’espèce à l’annexe I de la CITES, celle de l’UE pour le classement avec un délai. « Il n’y a eu que 20 votes en faveur de la proposition de Monaco et seulement 43 en faveur de la position européenne, sur les quelque 120 pays participants », a déploré l’organisation écologiste en condamnant « la faillite des Etats présents » et « l’arrêt de mort du thon rouge ».

Le Japon, qui importe 80% du thon rouge de l’Atlantique et a été à la pointe de la contestation contre cette interdiction, a de nouveau avancé que la CITES ne devait jouer aucun rôle dans la régulation des activités de pêche du thon et d’autres espèces marines. Tokyo s’est déclaré disposé à accepter des quotas plus bas pour le thon rouge, mais a souhaité qu’une telle initiative émane de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), qui avait décidé en novembre de réduire ses quotas de 22.000 tonnes à 13.500 tonnes pour 2010.

« Le Japon est très préoccupé par le statut du thon rouge de l’Atlantique » et a « travaillé dur depuis nombre d’années pour assurer son rétablissement », a affirmé Masanori Miyahara, conseiller en chef de l’Agence nippone des pêcheries. Mais « faisons ce travail à l’ICCAT, pas à la CITES. Cette position est partagée par la majorité des pays asiatiques ».

La principauté de Monaco a tenté de convaincre les délégués en leur rappelant que l’ICCAT n’avait pas réussi, des années durant, à maintenir des quotas permettant une reconstitution des stocks. Elle a aussi vainement essayer de dissiper les craintes sur le caractère permanent d’une inscription à l’annexe I de la CITES, introduisant une formule autorisant la sortie du thon rouge de l’Atlantique de cette liste, une fois les stocks régénérés.
« La pêche industrielle de cette espèce a un effet sérieux sur le nombre » des spécimens de cette espèce et sur la capacité des stocks à se reconstituer, « nous sommes confrontés à un véritable effondrement de l’écosystème », a souligné Patrick Van Klaveren au nom de la principauté.

Dans un communiqué, Greenpeace a jugé « tout simplement inacceptable » de « faire passer les intérêts à court terme de quelques Etats qui pratiquent un lobbying très actif, tels que le Japon, avant la préservation d’une espèce menacée ». Pour l’organisation, un espoir « mince » demeure à l’occasion de la réunion de l’ICCAT « en novembre, à Paris. C’est là que les gouvernements pourraient, enfin, décider de réduire les quotas de pêche pour assurer la survie du thon rouge », observe Greenpeace en appelant l’ensemble des pays qui ont soutenu l’annexe 1 à la CITES à porter « un moratoire à l’ICCAT ».

Le ministère français de l’Ecologie a annoncé dans un communiqué que la France était « décidée à proposer » à l’UE de poursuivre ses efforts d’agir en faveur de la « protection de cette espèce via un classement en annexe II » de la CITES, « qui régule le commerce international des espèces menacées ».

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