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L’Otan s’affaiblit

5 avril 2019

 

Pompeo appelle l’Otan à s’adapter aux nouvelles menaces, évoque Russie et Chine

 

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo s’exprimait jeudi à Washington à l’ouverture d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance atlantique fondée il y a tout juste 70 ans.

 

Il a appelé ses alliés de l’Otan à s’adapter aux nouvelles formes de menaces à travers le monde, pour faire face notamment aux ambitions de la Russie, à la concurrence stratégique de la Chine, à la menace iranienne et aux migrations incontrôlées.

 

“Nous devons adapter notre alliance pour faire face aux nouvelles menaces qui apparaissent (…), l’agression russe, les migrations incontrôlées, les cyberattaques, les menaces sur la sécurité énergétique, la concurrence stratégique chinoise, notamment dans la technologie et la 5G, et beaucoup d’autres choses”.

 

Le chef de la diplomatie américaine a déclaré aux journalistes que les membres de l’Otan avaient convenu de la nécessité que la Russie retire les troupes qu’elle a déployées au Venezuela en soutien au président en exercice Nicolas Maduro. Les Etats-Unis et de nombreux pays reconnaissent le chef de file de l’opposition, Juan Guaido, comme président légitime.

 

La question du Venezuela, a précisé Pompeo, a été évoquée lors de discussions sur l’activité militaire croissante de la Russie à l’étranger, notamment en mer Noire où les forces russes ont arraisonné en novembre dernier trois bâtiments de guerre ukrainiens.

 

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a mis en garde contre la menace que fait peser la Russie sur l’Alliance Atlantique.

Stoltenberg a souligné que les violations par Moscou du traité de 1987 sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) reflétaient “un comportement déstabilisateur”.

 

Mike Pompeo a également insisté sur la nécessité pour les pays de l’Otan de renforcer leurs défenses face aux attaques informatiques. Les Etats-Unis ont déjà fait savoir qu’ils ne collaboreraient pas avec les pays qui adoptent les systèmes de la compagnie chinoise Huawei, une initiative que l’Union européenne a refusé d’imiter.

 

Depuis son arrivée à la Maison blanche, le président Donald Trump a également mis la pression sur ses alliés de l’Otan pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires, conformément aux engagements pris en 2014 au Pays de Galles qui prévoient que chaque pays membre consacre 2% de son PIB à la défense.

 

 

Moscou met en garde Washington sur la présence de l’Otan en mer Noire

 

Alors que Washington affirme vouloir « protéger » l’Ukraine face à la marine russe et garantir l’accès au détroit de Kertch, les autorités russes considèrent qu’il s’agirait là d’une nouvelle « provocation » de la part de Washington.

 

Les États-Unis travaillent à un plan prévoyant l’envoi de nouveaux navires de l’Otan en mer Noire, en réponse à l’affrontement armé entre les marines russe et ukrainienne en novembre dernier en mer d’Azov, au large de la Crimée. Cette proposition doit être étudiée.

 

Mais déjà les réactions se multiplient à Moscou.

Le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Grouchko affirme que la Russie prendra « les mesures militaires nécessaires » si l’Alliance atlantique décidait de déployer des moyens supplémentaires pour protéger les navires ukrainiens.

 

Au cœur de ce nouveau point d’accroche entre Moscou et Washington : le détroit de Kertch et les difficultés rencontrées par la marine ukrainienne pour accéder à la mer d’Azov, partagée entre l’Ukraine et la Russie.

 

En novembre dernier, les garde-côtes russes avaient arraisonné des navires de guerre ukrainiens qui tentaient d’y pénétrer. L’armée ukrainienne avait fait état de six blessés. Vingt-cinq marins ukrainiens sont depuis retenus prisonniers.

 

Avant cela, Kiev et les Occidentaux accusaient déjà depuis des mois la Russie d’« entraver » délibérément la navigation des navires commerciaux par le détroit de Kertch, dont Moscou revendique le contrôle depuis l’annexion de la Crimée qui lui offre la maîtrise des deux rives.

 

 

La Russie entend répondre à l’activité militaire de la Norvège, qui fait partie de l’Otan

 

La Russie a accusé en février la Norvège de renforcer son activité militaire et d’accroître les risques entre les deux pays. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a expliqué que la Russie estimait que la Norvège, membre de l’Otan, participait de plus en plus à l’accroissement de la présence de l’Otan dans l’Arctique.

 

Zakharova a notamment pris pour exemple le projet d’aménagement cette année d’un port proche de la ville de Tromso, dans le nord de la Norvège, qui pourra accueillir dessous-marins nucléaires.

 

“Contrairement à la tradition des relations de voisinage et de coopération dans l’Arctique, Oslo continue d’accroître les tensions et les risques d’une action militaire. Cela ne restera pas sans réponse”, a-t-elle dit.

 

La Norvège, qui compte 196 km de frontières terrestres avec la Russie, s’inquiète du renforcement des capacités de l’armée russe dans la péninsule de Kola, une région abritant plusieurs bases navales et zones interdites aux civils.

La Norvège a accueilli les manœuvres de l’Otan en octobre.

 

 

Pékin dit ne pas être une menace pour la sécurité de la Norvège

 

La Chine a qualifié en février de “ridicules” les estimations faites par les services de renseignement norvégiens (PST) qui affirment dans un document interne que Pékin constitue une menace pour la sécurité de la Norvège.

 

Le PST estime que la Russie demeure la menace la plus importante pour les intérêts et les entreprises norvégiennes, notamment par des tentatives d’intrusion dans des serveurs informatiques, mais ajoute que la Chine présente une menace de même nature.

 

Dans le viseur du PST, se trouve le géant chinois de l’informatique Huawei qui fait l’objet d’une méfiance de la part de plusieurs pays quant à ses liens avec le gouvernement chinois. Certains suggèrent que les autorités chinoises pourraient se servir de la technologie développée par Huawei pour se livrer à des activités d’espionnage, ce que l’entreprise dément.

 

 

L’Allemagne est accusée de poursuivre le projet de gazoduc controversé Nord Stream 2 avec la Russie

 

“Il est tout simplement inacceptable que la première économie européenne continue d’ignorer la menace d’agression russe et néglige sa propre défense et notre défense commune”, a lancé Mike Pence. “L’Allemagne doit faire plus.”

 

Honni par les Etats-Unis, Nord Stream 2, le projet controversé de gazoduc entre la Russie et l’Allemagne, va comme prévu voir le jour en fin d’année, assurent ses promoteurs en pleine opération de communication.

 

Signe que le chantier avance selon le calendrier prévu, pour une mise en service en 2020 du double pipeline, le consortium d’entreprises piloté par le géant russe Gazprom multiplie les visites de presse sur le site allemand du chantier, au bord de la Baltique.

 

Le projet suscite toujours l’ire des Etats-Unis, qui accusent l’Allemagne d’accroître sa dépendance au gaz russe et pressent Berlin d’importer du gaz naturel liquéfié américain. Soucieux de ménager les deux, le gouvernement allemand a donné son accord à la construction de terminaux méthaniers destinés à importer du GNL en provenance d’outre-Atlantique.

 

Le Nord Stream 2 traversera au total cinq pays : Russie, Finlande, Suède, Danemark et Allemagne. Le pipeline doit permettre d’acheminer sur une distance de 1.230 km du gaz russe vers l’Allemagne et le reste de l’Europe, en contournant le principal point de passage jusqu’ici, l’Ukraine, dont les relations avec la Russie restent extrêmement conflictuelles.

 

La route du gaz continuera cependant à passer par l’Ukraine, où transitent chaque année 93 milliards de m3, sur un total annuel de 170 milliards de m3 de gaz russe à destination de l’Union européenne. Nord Stream 2, ce ne sera +que+ 55 milliards de m3.

 

Ses détracteurs, en particulier les pays de l’Est comme la Pologne, jugent que le projet Nord Stream vise à la fois pour Moscou à isoler un peu plus l’Ukraine, avec qui la Russie est en conflit depuis des années, et à rendre l’Europe dépendante sur le plan énergétique.

 

 

Pence critique l’acquisition par la Turquie de missiles russes

 

Le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, a critiqué mercredi la décision de la Turquie d’acquérir auprès de la Russie des systèmes de missiles S-400 de défense aérienne, mettant la pression sur son partenaire de l’Otan pour qu’il renonce à ce contrat.

 

Les S-400 sont un système antimissiles russe, ce qui est en soi un affront au sein d’une alliance qui a vu le jour pour contrer l’Union soviétique. Mais surtout, les Américains craignent que la technologie dont sont dotées les batteries S-400 ne serve à collecter des données sur les avions militaires de l’Otan, dont la Turquie fait partie, et que la Russie puisse y accéder.

 

“La Turquie doit choisir. Veut-elle rester un partenaire important de l’alliance militaire la plus prospère de l’histoire ou veut-elle risquer la sécurité de ce partenariat en prenant des décisions téméraires qui nuisent à notre alliance ?”, a déclaré Mike Pence.

La Turquie est un pays qui comprend plusieurs bases militaires US.

 

Réponse immédiate du vice-président turc Fuat Oktay sur Twitter. “Les Etats-Unis doivent choisir, veulent-ils rester l’allié de la Turquie, ou mettre en péril notre amitié en faisant front commun avec des terroristes qui sapent la défense de son allié ?”, a-t-il interrogé dans une allusion au partenariat américain avec les forces kurdes en Syrie.

 

Washington a prévenu Ankara que le contrat conclu avec Moscou pourrait remettre en cause l’achat d’avions de chasse furtifs F-35 auprès de Lockheed Martin et entraîner l’instauration de sanctions américaines.

 

En début de semaine, le département américain de la Défense a annoncé une première mesure de rétorsion, avec la suspension des livraisons de matériel lié au F-35 destiné à la Turquie.

Ankara a répété qu’il n’entendait pas renoncer à l’achat des S-400 russes.

 

Si la Turquie recule, le président Erdogan prendra le risque de se mettre à dos Moscou, son partenaire stratégique en Syrie.

La Russie pourrait aussi utiliser l’arme économique, selon des experts, en freinant l’arrivée de millions de touristes russes en Turquie.

 

De telles sanctions arriveraient au pire moment pour M. Erdogan, dont le pays affronte sa première récession en dix ans.

Erdogan insiste pour dire qu’Ankara a besoin des S-400 pour défendre ses frontières.

 

La Turquie pourrait alors, selon des experts, tomber sous le coup de la loi Caatsa (Counter America’s Adversaries Through Sanctions Act), qui impose des sanctions économiques à toute entité ou pays qui conclut des contrats d’armement avec des entreprises russes.

 

 

Un Turc employé au consulat américain d’Istanbul jugé pour espionnage

 

Tension supplémentaire entre USA et Turquie, tous 2 membres de l’Otan, le procès d’un employé turc du consulat américain d’Istanbul accusé d’espionnage, et dont l’incarcération en octobre 2017 avait provoqué une crise diplomatique avec Washington, s’ouvre à Istanbul.

 

Metin Topuz était chargé au consulat américain de faire la liaison entre les autorités américaines et la brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants de la police turque. Il est accusé d'”espionnage” et de “tentative de renversement du gouvernement”.

 

En détention depuis un an et demi, il est soupçonné par les autorités turques d’être lié au mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, bête noire d’Ankara qui l’accuse notamment d’avoir fomenté une tentative de coup d’Etat en 2016.

 

Topuz risque la prison à vie. Son arrestation avait provoqué la colère de Washington et attisé les tensions déjà vives entre les deux pays.

En plus des différends sur le dossier syrien, la demande d’extradition du prédicateur Gülen, installé aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années, est restée infructueuse à ce jour.

 

Outre M. Topuz, deux autres employés turcs des missions américaines ont été incarcérés.

Un autre Américain, Serkan Gölge, scientifique de la Nasa, a été condamné en février 2018 à sept ans et demi de prison pour appartenance aux réseaux gulénistes.

 

Les relations entre Ankara et Washington s’étaient quelque peu détendues ces derniers mois après la libération conditionnelle, en octobre, d’un pasteur américain, Andrew Brunson, après deux ans de détention en Turquie.

 

Sources : Reuters, AFP, Capital, RFI

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