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Mali : les violences se sont propagées du nord au centre du pays, correspondant à la frontière avec le Burkina Faso

 

3 avril 2019

 

 

Progrès dans la moitié nord du Mali

L’ensemble de la région du Sahel fait face à de graves problèmes transnationaux, allant des changements climatiques et de la sécheresse à l’insécurité croissante, à l’extrémisme violent et au trafic de personnes, d’armes et de drogues.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies s’est réjoui mercredi des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord de paix au Mali mais a déploré le retard dans l’application de plusieurs dispositions du texte.

Plus de 1.400 ex-combattants à Gao, à Kidal et à Tombouctou ont rejoint l’armée malienne dans le cadre du processus accéléré de désarmement, de démobilisation et de réintégration. Des administrations provisoires ont été mises en place dans chacune des cinq régions du Nord.

Cependant, le Conseil de sécurité a demandé au gouvernement malien et aux groupes armés de continuer à accélérer la mise en œuvre de l’Accord.

Il s’est déclaré de plus en plus préoccupé par la situation sécuritaire dans le centre du Mali.

 

 

Affrontements intercommunautaires et attaques djihadistes au centre

Il a fermement condamné la poursuite des attaques, y compris terroristes, contre les civils, les représentants des institutions, ainsi que les forces de sécurité nationales, internationales et des Nations Unies.

Le Conseil a condamné la récente expansion des violences intercommunautaires, notamment l’horrible attentat perpétré dans le village d’Ogossagou (près de la frontière burkinabè) le 23 mars, qui a fait plus de 160 victimes civiles : une tuerie imputée à des chasseurs dogons se présentant comme un “groupe d’autodéfense” antijihadiste.

Des enfants “sont parmi les victimes”, a affirmé dimanche le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) selon lequel “les enfants maliens paient le prix fort pour l’intensification de la violence dans le centre” du pays. Dans la foulée de l’attentat, le gouvernement malien a annoncé la dissolution de ce groupe armé dogon.

Depuis l’apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs propres “groupes d’autodéfense”.

Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l’ONU.

Cette attaque est “inédite” mais était “prévisible” à cause d’une faible présence de l’Etat, de la violence et de ses divers acteurs dans la zone, a affirmé à l’AFP Baba Dakono, chercheur à l’Institut pour les études sur la sécurité (ISS), basé à Bamako.

“Depuis 2017, l’insécurité croissante a entraîné une augmentation des meurtres, des mutilations et du recrutement d’enfants. La violence contre les femmes et les filles est à la hausse”, a dit l’Unicef.

L’attaque d’Ogossagou-Peul est survenue six jours après un attentat jihadiste à Dioura, dans la même région du centre. La principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda a justifié l’opération de Dioura par les “crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls”.

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont exhorté les autorités maliennes à faire en sorte que les responsables des violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire répondent de leurs actes et soient traduits en justice sans retard excessif.

Ils ont également encouragé les autorités à poursuivre leurs efforts dans la mise en œuvre d’un plan global visant à rétablir la présence de l’Etat dans le centre du Mali, ainsi qu’à renforcer leurs actions pour rétablir des relations pacifiques entre communautés.

 

 

Barkhane se déploie au centre du Mali, à la frontière burkinabè

“Le moment est venu d’étendre nos efforts” vers la vaste région du Gourma, à cheval sur le centre et le nord du Mali, a annoncé le général Frédéric Blachon, commandant de la force française antijihadiste Barkhane, dans un entretien à l’AFP et RFI depuis son QG à N’Djamena.

« Nous allons continuer à nous investir dans le Liptako (situé dans la moitié nord du Mali) car notre présence a des effets vertueux. L’armée française rassure la population, les ONG, les acteurs du développement, les autorités locales. La zone est désormais contrôlable avec un nombre de forces moins important. »

« Le moment est venu d’étendre notre zone de responsabilité à d’autres zones qui servent de sanctuaires aux groupes armés terroristes. Nous avons choisi de nous étendre dans le Gourma, une zone contigüe, qui est une zone frontière avec le Burkina Faso. »

Ces zones frontalières sont les endroits les plus recherchés par les terroristes pour trouver refuge et mener leurs actions.

Le Burkina Faso est un membre du G5 Sahel (avec la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad), et peut demander l’appui de la France.

Au centre du Mali (qui se trouve à la frontière du Burkina Faso), les violences des djihadistes se mêlent très souvent à des conflits intercommunautaires. Pour rayonner dans le Gourma, où l’armée malienne a subi ces dernières semaines de lourdes pertes, Barkhane a fait sortir de terre à Gossi une base pour accueillir quelques centaines de militaires français.

Outre quelques éléments de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), dans le sud-est, plusieurs groupes armés sévissent dans la zone. Parmi les plus actifs figure la “katiba (cellule combattante) Gourma”, affiliée à la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda.

Son chef, Al-Mansour Ag Alkassim, a été tué en novembre lors d’un raid français dans le Gourma, mais le groupe continue de poser des engins explosifs artisanaux et d’organiser des attaques complexes, selon l’état-major de Barkhane.

Le groupe jihadiste Ansaroul Islam, lui, est implanté dans le sud du Gourma, à la frontière burkinabè. Il est accusé de semer la terreur dans le nord du Burkina Faso, en proie depuis 2015 à une spirale de violences que les autorités semblent incapables d’enrayer, et qui s’est propagée dans l’est du pays.

En s’installant durablement à Gossi et dans la région, les militaires français et leurs partenaires maliens espèrent désormais reprendre le terrain longtemps laissé aux jihadistes et aux coupeurs de routes.

Plus à l’ouest au Mali, dans la région de Mopti où opère le groupe jihadiste du prédicateur radical peul Amadou Koufa, “on est en mesure d’intervenir si besoin”, commente un haut gradé français de Barkhane.

Mais “le gouvernement malien a toujours fait savoir qu’il s’occupait de cette zone. C’est une question de fierté nationale”, tempère un autre haut responsable militaire, écartant pour l’heure l’hypothèse d’une opération française dans cette région.

 

Sources : ONU, AFP, RFI, Reuters

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