CITES : la conférence de Doha échoue à protéger les espèces marines en danger

AP – La conférence de Doha des parties à la CITES (Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction) s’est achevée jeudi sur un échec: selon les écologistes, le lobbying agressif des pays asiatiques, menés par le Japon et poussés par l’intérêt commercial, a fait capoter les efforts en vue de protéger les espèces marines en danger, comme le thon rouge et les requins.
« Cette conférence a été une catastrophe pour la protection », a déploré Oliver Knowles, de Greenpeace. Selon lui, tous les pays sont venus pour « défendre la poursuite du commerce des espèces déjà ravagées par l’activité humaine ».

La conférence des 175 pays signataires de la CITES, s’était ouverte il y a deux semaines, Etats-Unis et Europe appelant à prendre des mesures contre la surpêche qui dépeuple les océans.
La tentative d’interdiction des exportations du thon rouge de l’Atlantique a été tuée dans l’oeuf, ainsi que la régulation du commerce de corail rouge et rose. Six espèces de requins non plus ne seront pas inscrites sur les listes des espèces protégées, malgré les études soulignant que leur nombre a chuté de près de 85%, en raison de l’explosion du commerce des ailerons de requins en Asie.

En outre, en dernière minute, jeudi, à cause du Japon, les nations asiatiques ont rouvert le dossier du seul requin qui avait plus ou moins tiré son épingle du jeu, le requin-taupe, et on annulé, via un nouveau vote, la seule décision d’inscription sur la liste des espèces protégées prise lors de la conférence.
Les défenseurs de l’environnement étaient visiblement effondrés à l’issue de la réunion. L’organisation écologiste « Robin des Bois » a dénoncé dans un communiqué une CITES « en passe d’être rachetée par l’OMC », l’Organisation mondiale du Commerce et qui « devient progressivement une convention de protection du commerce ».

« C’est un important revers pour ces espèces marines, mais nous considérons que ce n’est qu’un revers provisoire », a déclaré Tom Strickland, chef de la délégation américaine dans un communiqué. « Nous redoublerons d’efforts avec d’autres pays de par le monde pour combattre en faveur de la protection des espèces marines mises en danger par le commerce internationale ».
Certes, des projets de protection ont été approuvés pour les rhinocéros ou les grands félins d’Asie, ainsi que pour 24 espèces de plantes, reptiles et insectes.

Mais ces mesures ont été éclipsées par la crainte de voir la CITES transformé en organe sous influence du commerce international et des intérêts financiers.
Les pays asiatiques, dont le chef de file est le Japon, militent pour que les espèces marines à forte importance commerciale ne soient pas contrôlées par la CITES, mais par les organismes régionaux de pêcheries.
« Dès qu’il est question d’argent, tout change », a soupiré le secrétaire général de la CITES Willem Wijnstekers. « Des pays qui votent toujours pour la protection se mettent à voter dans l’autre sens. Je suis un peu perdu ».

Le Japon, pour beaucoup, a incarné ce visage: Tokyo a fait campagne contre l’inscription des espèces marines, et déployé des efforts massifs de persuasion, pratiquant notamment la « politique du sushi », avec une réception à l’ambassade du Japon à Doha où le thon rouge aura été servi à des invités choisis la veille du vote…

Certains délégués ont accusé le Japon d’utiliser des méthodes allant au-delà de la simple diplomatie ou d’un lobbying acceptable, et violant l’esprit de la CITES. Le Kenya notamment a accusé Tokyo d’avoir payé des responsables des pêches de pays africains pour prendre position dans son sens à la conférence.
Sur le Net:
CITES: http://www.cites.org/

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