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Les pirates ramènent les poissons dans les filets des pêcheurs kényans

 

AP – Jason Straziuso

Les pirates somaliens font au moins des heureux : des pêcheurs de leur pays et de la côte nord du Kenya voient revenir en nombre les poissons dans leurs filets depuis que la concurrence étrangère a déserté la zone dans la crainte d’attaques.

Ces dernières années, des chalutiers commerciaux venaient piller les eaux en toute illégalité, déployant des kilomètres de filets au large des côtes somaliennes. Mais les pirates ont changé la donne et provoqué leur fuite au profit des pêcheurs kényans.

 

“Il y a beaucoup de poissons maintenant”, souligne Athman Seif, directeur de l’Association maritime de Malindi au Kenya, qui attribue cette abondance au départ des pêcheurs étrangers effrayés par les pirates.

Au petit matin, quatre pêcheurs de Malindi reviennent de mer avec un importante butin, fruit de 12 heures de pêche nocturne: 80 kilos de poisson voilier, barracuda et vivaneau. Chacun en retire 12 dollars (8,3 euros environ), un montant honnête pour une nuit de labeur dans la localité.

 

Les pêcheurs disent capturer plus de poissons que jamais. Howard Laurence-Brown, propriétaire de Kenya Deep Sea Fishing, observe que les stocks ont “énormément” augmenté ces 12 derniers mois, quelles que soient les espèces. “Nous avons eu l’an passé la meilleure saison” jamais enregistrée pour la pêche au marlin, dit-il. “Il n’y a aucun doute là-dessus, l’absence de pêche commerciale a fait une différence.”

Dans la région, les pêcheurs ont vu leurs revenus et leurs conditions de vie s’améliorer. De nouveaux bateaux et de meilleurs équipements sont désormais utilisés.

 

A Malindi, où un restaurant de fruits de mer tire son nom du roman d’Ernest Hemingway, “Le Vieil homme et la mer”, le revenu de nombreuses familles est déterminé par le nombre de poissons pris au cours d’une demi-journée en mer. “Cette année, la quantité de poissons que nous avons pris a été très bonne”, explique Abdi Ali, un pêcheur. “Nous attrapons entre près de 150 kilos et 200 kilos, voire 300 kilos, tout dépend de la façon dont nous pêchons”, dit-il.

 

Des poissons qui “avaient disparu” sont “revenus, comme le barracuda, le vivaneau, l’oranda et d’autres espèces”, ajoute-t-il en exprimant sa satisfaction.

Des pêcheurs en Somalie déclarent également capturer davantage de poissons. Une augmentation qui fait le bonheur des commerçants présents sur un marché aux poissons de Mogadiscio, car une quantité en hausse tire les prix vers le bas, et permet à davantage de Somaliens d’avoir les moyens d’en acheter.

 

“Je me souviens de certains jours (où je rentrais) sans poissons, mais ces jours-ci, il y en a en abondance (…) on peut en prendre partout”, confie Bakar Osman, un pêcheur de 50 ans. “J’en ignore la raison mais je pense que les pirates ont fait fuir les bateaux de pêche étrangers, qui pillaient notre poisson.”

Les pirates somaliens, dont les attaques ont augmenté ces deux dernières années en raison des millions de dollars de rançon qu’ils peuvent gagner, détiennent actuellement près d’une douzaine de bateaux et plus de 200 membres d’équipage en otages.

 

Selon un rapport rendu public cette année par la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, la valeur des prises illégales dans la juridiction maritime de Somalie est estimée entre 90 millions et 300 millions de dollars (entre 62 et 207 millions d’euros) par an, les bateaux de pêche incriminés venant du monde entier.

L’auteur du rapport Clive Schofield juge assez ironique le fait que des pays engagés dans l’opération internationale anti-piraterie soient dans certains cas directement liés aux bateaux de pêche étrangers qui “volent les ressources côtières de la Somalie”.

 

Cette situation a conduit des pirates à justifier leurs actions sur la base d’activités de pêche étrangères illégales, à se définir comme “garde-côtes” et à qualifier leurs demandes de rançon d'”amendes”, souligne le rapport en ajoutant: “sans fermer les yeux sur les actes de violence en mer, il est clair que les Somaliens qui détournent” des bateaux “au large de leurs côtes ne sont pas les seuls ‘pirates’ opérant dans ces eaux”.

 

Les pirates somaliens sont des terroristes, mais tant qu’ils maintiendront les gros bateaux commerciaux à l’écart, nombre de gens en tireront profit, observe de son côté Angus Paul, dont la famille est propriétaire de l’entreprise de pêche sportive Kingfisher. D’après lui, ses clients ont pris en moyenne la saison passée 12 ou 13 poissons voiliers chaque jour, contre deux ou trois les années précédentes.

 

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