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Sahel : combattre les djihadistes, un puits sans fond

Sahel : combattre les djihadistes, un puits sans fond

23 janvier 2020

 

Rappel du contexte

 

Malgré la présence de forces françaises (4.500 soldats de Barkhane), de l’ONU (Minusma au Mali, 13.000 hommes), de la Force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger, Tchad, qui devait comprendre 5.000 hommes), et de forces américaines, les pays sahéliens subissent des attaques jihadistes de plus en plus fréquentes et meurtrières.

 

Selon l’ONU, les attaques jihadistes au Mali, au Niger et au Burkina ont fait 4.000 morts en 2019.

Des analystes pensent que plusieurs groupes terroristes seraient à la manœuvre dans ces récentes attaques. Et posent la question de leur possible collaboration.

 

La région est secouée ces derniers mois par un niveau sans précédent de violence terroriste, le nombre de victimes d’attaques terroristes ayant été multiplié par cinq en trois ans au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

 

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a adopté le 21 décembre un “plan d’action” d’un milliard de dollars sur cinq ans pour lutter contre le terrorisme, aux contours cependant flous.

 

Par ailleurs, la France a récemment déploré l’engagement non encore tenu par l’Arabie saoudite concernant sa promesse de financement à hauteur de 100 millions d’euros, prise en décembre 2017, de la force de sécurité conjointe du G5 Sahel engagée contre les groupes jihadistes.

 

 

La France va envoyer des renforts supplémentaires

 

Force Barkhane au Mali : une quarantaine de djihadistes a été mise « hors de combat » en deux semaines.

Cette annonce de l’armée française intervient après la « neutralisation » de dizaines d’autres djihadistes depuis décembre.

 

Pour certains experts, la situation au Sahel en décembre était hors de contrôle.

Les revers, il est vrai, s’accumulaient pour les armées présentes : le 25 novembre, 13 soldats français trouvaient la mort ; début décembre, l’armée nigérienne subissait ses plus lourdes pertes lors de l’attaque du camp d’Inates faisant 71 tués.

 

Le Mali a connu un automne sanglant avec 140 soldats tués.

Le chef d’état-major des armées françaises, le général François Lecointre, a indiqué que la France va envoyer des renforts supplémentaires au Sahel. Ces militaires viendront en sus du renfort des 220 soldats annoncé par Emmanuel Macron lors du sommet de Pau.

 

Les efforts de Barkhane et ceux de la force conjointe du G5 Sahel vont désormais se concentrer dans la zone des trois frontières, Mali, Burkina Faso, Niger, sanctuaire de l’État islamique au grand Sahara. Et le maître mot, c’est la permanence sur le terrain. L’armée française va donc y engager ses troupes les plus aguerries.

 

Le général Lecointre attend aussi beaucoup de Tacouba, les forces spéciales européennes chargées d’accompagner les armées locales au combat, une force qui comprendra aussi des Français et qui devrait être pleinement opérationnelle à l’automne.

 

 

L’armée française déploie ses drones armés au Sahel face aux jihadistes

 

Un outil de plus dans la panoplie, sans changement de doctrine : la France dispose désormais de drones armés pour traquer les jihadistes au Sahel.

Un nouvel atout, alors que la situation ne cesse de se dégrader au Sahel, en particulier dans la zone dite des “trois frontières” entre Mali, Niger et Burkina Faso.

 

Paris rejoint ainsi le club restreint des pays utilisant des drones armés, parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël. Mais les drones armés n’offriront pas de solution miracle, prévient un officier. “Il est impossible de tout surveiller dans cette zone vaste comme l’Europe”.

 

 

Mali : forte progression des attaques djihadistes

 

Au moins 14 civils ont été tués et au moins deux autres blessés, suite à une attaque dirigée contre le village de Sinda, dans la région de Mopti, dans le centre du pays.

Cette tuerie aurait eu lieu dans la nuit du 15 au 16 janvier par des hommes armés.

 

Le chef des opérations de paix des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, a prévenu que la situation sécuritaire au Mali se détériore « à un rythme préoccupant ».

Début janvier, 18 Casques bleus de la MINUSMA ont été blessés lors d’une attaque contre leur camp à Tessali, dans le nord du pays.

 

Au Mali les violences jihadistes se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

De larges pans du territoire échappent au contrôle du pouvoir central malien.

 

Les doutes sont renforcés quant à la capacité du gouvernement à faire face à la situation, malgré l’appui de missions armées française (Barkhane), africaine (le G5 Sahel) et onusienne.

La dégradation va de pair avec une sévère crise humanitaire (4 millions de personnes), près de 170.000 personnes déplacées et 1/5e de la population ayant besoin d’une aide humanitaire.

 

D’autre part, les habitants de la ville de Mondoro (42 000 habitants), située non loin de la frontière avec le Burkina Faso, sont très inquiets. Les jihadistes contrôlent quasiment toutes les entrées et les sorties et de la localité.

 

 

L’armée burkinabè va former des civils volontaires pour défendre le pays

 

Les attaques jihadistes au Burkina Faso ont fait plus de 750 morts et 560.000 déplacés depuis 2015. Sous-équipées et mal entraînées, les forces de l’ordre burkinabè n’arrivent pas à enrayer la spirale de violences. Elles ont toutefois revendiqué une série de succès depuis deux mois, affirmant avoir tué une centaine de jihadistes au cours de plusieurs opérations.

 

Alors que 36 civils ont été tués, le 20 janvier, dans la province du Sanmatenga (centre-nord du Burkina Faso), un projet de loi pour le recrutement de civils volontaires a été adopté.

Suite à cette attaque terroriste du 20 janvier, des centaines de personnes ont fui la zone.

 

Cela ressemblera à la formation de groupes d’auto-défense, mais officiellement ce seront des volontaires. Ils recevront une formation militaire initiale pendant 14 jours. Pour éviter que ce volontariat ne contribue à alimenter des réseaux terroristes, le recrutement sera suivi d’une enquête de moralité.

 

Le 24 décembre, l’attaque jihadiste qui avait fait 42 morts dans le nord du Burkina Faso avait plongé une nation dans le deuil à Noël, et suscité des messages de solidarité, entre autres du pape François et de l’ONU.

35 civils, dont 31 femmes, et 7 militaires.

 

Début novembre, 40 employés d’une société minière avaient été massacrés lors de l’attaque de leur convoi dans l’Est du pays.

Le Nord et l’Est du pays sont particulièrement touchés par les attaques jihadistes. Ouagadougou, la capitale, a été frappée à trois reprises.

 

Les attaques ont aussi attisé les violences intercommunautaires.

Et environ 2.000 écoles sont fermées.

Ces attaques ont créé une crise humanitaire.

 

Mais les humanitaires s’inquiètent de la dégradation de la situation des quelque 500 000 personnes déplacées, dans le nord et l’est du pays. En raison de l’insécurité, les humanitaires n’arrivent plus à venir en aide aux populations qui fuient les violences.

 

Non seulement la population est en détresse, mais le risque est réel que les jeunes soient enrôlés dans des groupes armés.

Car les populations locales ne peuvent plus aider les déplacés au Burkina Faso.

 

Comme au Mali, des manifestants ont dénoncé la présence de forces étrangères.

Selon eux, la présence de forces étrangères ne vise qu’à « renforcer la domination des ex-puissances coloniales et le pillage des ressources naturelles » de leurs pays.

 

« La lutte contre le terrorisme est devenue, de nos jours, un prétexte pour les forces étrangères de s’installer dans les pays de la sous-région. Leur seul objectif : exploiter les ressources telles que l’uranium, le gaz, le pétrole, l’or et le diamant, entre autres », a déclaré Gabin Korbeogo, président de l’Organisation démocratique de la jeunesse.

 

 

Niger : des centaines d’habitants de Chinagoder se refugient au Mali après la tuerie de 89 soldats nigériens

 

Des centaines d’habitants de Chinagoder, au Niger, à quelques kilomètres de la frontière malienne, ont trouvé refuge dans la localité d’Anderamboukane, au Mali. Ils fuient les violences terroristes, après l’attaque de la base militaire, qui a tué 89 soldats nigériens début janvier.

 

D’autre part, au Niger, de plus en plus de chefs de villages sont assassinés par des jihadistes dans le nord de la région de Tillabery, frontalière du Mali. Ces représentants de l’autorité sont sans défense depuis le début de l’insécurité. Traqués par l’armée, les jihadistes se vengent sur les paisibles populations en tuant et brûlant leurs cases.

 

 

La France inquiète des velléités de Washington de quitter le Sahel

 

A l’occasion du sommet de Pau qui a réuni le président français Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel, les six chefs d’Etat ont demandé aux États-Unis de poursuivre leur engagement dans la région, alors que Washington réfléchit à réduire sa présence militaire.

Il s’agit d’un vrai sujet d’inquiétude pour la France.

 

L’appui fourni par les États-Unis en termes de renseignement et de ravitaillement en vol est essentiel pour Barkhane.

Car dans la guerre contre le terrorisme, le rôle de Washington est essentiel. L’armée américaine déploie, par rotation, quelque 6 000 soldats, notamment des forces spéciales.

 

Ces troupes sont présentes dans la Corne de l’Afrique, à Djibouti et en Somalie, mais aussi au Niger, véritable tête de pont américaine dans la lutte contre les groupes terroristes dans la bande sahélo-saharienne.

 

Au Niger, l’US Air Force dispose en particulier d’une importante base à Agadez d’où décollent ses drones et ses avions ravitailleurs, deux éléments sur lesquels s’appuie la force Barkhane, très dépendante du renseignement fourni par son allié.

 

Le commandement militaire américain pour l’Afrique, Africom, a été créé en 2007. Son état-major est en Allemagne, mais 7000 hommes sont stationnés en Afrique dont la moitié à Djibouti.

 

2000 autres soldats sont déployés dans des missions de formation au bénéfice d’armées nationales. Parmi les projets à l’étude pourrait figurer la fermeture de l’imposante base de drones de l’armée de l’air américaine à Agadez au Niger.

 

 

Mali : des manifestants veulent le départ des militaires étrangers du pays

 

Ce vendredi 10 janvier à Bamako, s’est tenue une manifestation qui a demandé le départ des troupes militaires étrangères du territoire malien.

La manifestation s’est déroulée sans incident.

Les populations pensent que les troupes étrangères ne sont pas efficaces.

 

Des manifestations ont plusieurs fois eu lieu.

L’action de Barkhane est de plus en plus stigmatisée au Sahel, certains l’accusant même de défendre uniquement les intérêts économiques français. Or ce discours anti-français est parfois relayé par des responsables politiques.

 

Début janvier, au lendemain d’une manifestation contre les troupes de la mission de l’ONU au Mali dans le Cercle de Bandiagara, dans le centre du pays, pour demander leur départ, le gouvernement du Mali a condamné « fermement ces actes ».

 

Sources : Le Parisien, RFI, AFP, ONU

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