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Sahel : l’impossible lutte contre les djihadistes

Sahel : l’impossible lutte contre les djihadistes

19 décembre 2019

 

Rappel du contexte

 

Face aux attaques djihadistes, force est de constater que la force multinationale (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger, Tchad) qui devait comprendre 5.000 hommes, l’opération Barkhane (4.500 militaires français), et la Minusma (Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation pour le Mali, 13.000 hommes) n’arrivent pas à faire front.

 

Depuis plusieurs mois, le nord du Burkina et le centre du Mail subissent des attaques djihadistes. Les attaques terroristes dans l’espace du G5 Sahel ont fait 500 victimes de juin à septembre 2019. Des analystes pensent que plusieurs groupes terroristes seraient à la manœuvre dans ces récentes attaques. Et posent la question de leur possible collaboration.

 

Mi-septembre, les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont donc décidé d’un plan d’un milliard de dollars sur quatre ans pour éviter notamment que les jihadistes étendent leurs attaques aux pays situées plus au sud. 

 

Le président de la commission de la Cédéao, Jean-Claude Brou, avait rappelé : “2.200 attaques ces quatre dernières années, 11.500 morts, des milliers de blessés”, “des millions de déplacés”, une “activité économique considérablement affectée”, des “conflits intercommunautaires exacerbés” au Sahel et une menace qui s’étend au Sud.

 

Par ailleurs, la France a récemment déploré l’engagement non encore tenu par l’Arabie saoudite concernant sa promesse de financement à hauteur de 100 millions d’euros, prise en décembre 2017, de la force de sécurité conjointe du G5 Sahel engagée contre les groupes jihadistes.

 

 

L’armée française déploie ses drones armés au Sahel face aux jihadistes

 

Un outil de plus dans la panoplie, sans changement de doctrine : la France dispose désormais de drones armés pour traquer les jihadistes au Sahel.

Un nouvel atout, alors que la situation ne cesse de se dégrader au Sahel, en particulier dans la zone dite des “trois frontières” entre Mali, Niger et Burkina Faso.

 

Paris rejoint ainsi le club restreint des pays utilisant des drones armés, parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël. L’armée française recevra l’an prochain 6 Reaper supplémentaires, équipés de missiles américains Hellfire guidés par GPS. Le parc de drones doit monter à 12 en 2025, puis 24 en 2030.

 

Alors que la dégradation sécuritaire s’accélère au Sahel, les drones armés n’offriront pas de solution miracle, prévient un officier. “Il est impossible de tout surveiller dans cette zone vaste comme l’Europe. Dans un drone, on voit comme dans une paille. S’il se passe quelque chose à 20km de l’endroit surveillé, on le rate”.

 

 

Mahamadou Issoufou, président du Niger : « Nous avons besoin de plus de Barkhane »

 

Huit jours après l’attaque contre la garnison d’Inates au Niger qui a causé la mort de 71 militaires, le président Mahamadou Isssoufou s’exprime pour la première fois. Un entretien accordé à Gaëlle Laleix de RFI et Cyril Payen de France 24.

 

« Non, je ne pense pas que l’on puisse dire que la situation est hors de contrôle, mais on peut dire que la situation est grave. Parce que la situation sécuritaire se dégrade de jour en jour depuis quelques temps. La menace devient de plus en plus intense et elle s’étend dans l’espace. »

 

« Il ne faut jamais l’oublier, c’est quand même la communauté internationale qui a créé le chaos en Libye. Et ce qui se passe dans le Sahel est une des conséquences du chaos libyen ! Par conséquent, la communauté internationale ne peut pas, ne doit pas se défausser. »

 

« A plusieurs reprises, nous avons demandé à ce que la force conjointe du G5 Sahel qu’on a mise en place soit mise sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies. On nous l’a refusé. Nous avons demandé à ce que la Minusma soit placée sous un mandat plus fort, plus robuste que le mandat de maintien de la paix. Là, également, nous ne l’obtenons pas. »

 

« En Libye, il n’y a pas d’État. Il y a un chaos total. Donc dans ce territoire qui n’est pas contrôlé, où il n’y a pas d’autorité, les armes continuent à être répandues dans le Sahel et dans le bassin du Lac Tchad. On le sait, on a des informations précises par rapport à cela. »

 

« Nous avons besoin de plus de Barkhane. Nous avons besoin de plus d’alliés. Parce que, ceux qui critiquent la présence française ou la présence des alliés dans le Sahel oublient que, sans l’intervention Serval, le Mali serait aujourd’hui sous le contrôle des terroristes ! Peut-être que le Niger aussi ! Alors, imaginons que Barkhane s’en aille… »

 

 

Au Niger, le G5 Sahel appelle la communauté internationale à agir

 

Initialement prévu à Ouagadougou, le sommet exceptionnel des chefs d’État du G5 Sahel ce dimanche 15 décembre s’est finalement déplacé au Niger, par solidarité pour le pays qui a perdu 71 soldats lors d’une attaque terroriste. Les chefs d’État ont appelé à une grande alliance internationale contre le terrorisme.

 

L’attaque d’Inates a profondément choqué l’opinion nationale nigérienne. C’est la plus meurtrière qu’a connue le pays depuis 2015. Le Sahel vit depuis six mois, une véritable intensification du conflit. Le Mali a perdu plus de 140 soldats sur cette période, et le Burkina, plus d’une quarantaine.

 

« Comme dans toutes les guerres contre le terrorisme, nous ne gagnerons pas seuls. » Dans son allocution finale, Marc Christian Kaboré, président burkinabè, a été clair : les alliés sont nécessaires pour vaincre les groupes jihadistes qui déstabilisent le Sahel.

 

Le président burkinabè ajoute que la France n’est d’ailleurs pas l’unique partenaire du G5 Sahel. Il évoque les autres pays européens ou encore le Canada. Pas d’indication claire néanmoins sur un éventuel rapprochement avec la Russie. Lors du sommet de Sotchi, fin octobre, il avait appelé Moscou à établir un partenariat stratégique avec le G5 Sahel.

 

 

Quid des opinions publiques ? L’armée française doit-elle se retirer ?

 

Le président français Emmanuel organise un sommet à Pau, en France, le 13 janvier, avec les dirigeants des cinq pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie).

Il souhaite qu’ils “clarifient” leur position sur la présence militaire française au Sahel, de plus en plus contestée par leurs opinions publiques.

 

Il a souligné qu’il attend d’eux qu’ils “assument” publiquement le fait que les soldats français sont au Sahel à la demande des pays concernés, et non pas pour des “visées néocoloniales”. 

Faute de quoi, avait-il indiqué, il en tirerait toutes les conséquences.

 

L’action de Barkhane est de plus en plus stigmatisée au Sahel, certains l’accusant même de défendre uniquement les intérêts économiques français. Or ce discours anti-français est parfois relayé par des responsables politiques.

 

L’Elysée a précisé que toutes les options étaient sur la table, y compris un retrait des 4.500 hommes des troupes française de la force Barkhane, qui depuis quatre ans luttent contre les groupes jihadistes au Sahel.

 

Une partie de l’opinion publique sahélienne attribue la dégradation sécuritaire à la présence même des troupes étrangères. En novembre, l’état-major burkinabè avait même mis en garde les avions français qui survoleraient intempestivement son territoire.

 

Alors que le Niger a récemment perdu 71 hommes lors d’une attaque djihadiste, le Mali a été frappé par un automne sanglant, lors duquel plus de 140 soldats ont été tués, provoquant un véritable traumatisme.

Et le Burkina avait perdu 24 militaires en août.

 

 

Quid de la présence américaine au Niger ?


Les États-Unis font don au Niger de 21 millions de dollars, selon une source diplomatique américaine à l’AFP. Washington veut ainsi aider à renforcer la force anti-jihadiste G5 Sahel.

L’aide militaire américaine est en train d’arriver. Treize blindés de type Mamba, 86 systèmes radio et 4 containers ont été remis au ministère nigérien de l’Armée.

 

47 autres véhicules tactiques blindés doivent encore être acheminés, ainsi que des pièces de recharge et des équipements de protection individuels. Des équipements destinés aux militaires nigériens engagés dans les opérations anti-jihadistes au sein de la force G5 Sahel.

 

En février, les États-Unis vont aussi fournir un avion de transport Hercule C 130 après avoir formé pilotes, équipages et mécaniciens. Ce type d’aide n’est pas une première, loin de là.

Depuis plusieurs années Washington ne cesse d’augmenter sa présence militaire au Niger contre les jihadistes.

 

Soldats américains et nigériens font patrouilles communes et combattent côte à côte dans le nord du pays à Agadez. À coup de plusieurs millions de dollars, les États-Unis ont également construit une base de drones armés leur permettant de traquer les jihadistes dans toute la bande sahélienne.

 

 

Niger : les jihadistes ciblent les chefs de villages

 

De plus en plus de chefs de villages sont assassinés par des jihadistes dans le nord de la région de Tillabery, frontalière du Mali. Ces représentants de l’autorité sont sans défense depuis le début de l’insécurité. Traqués par l’armée, les jihadistes se vengent sur les paisibles populations en tuant et brûlant leurs cases.

 

 

Mali : forte progression des attaques djihadistes

 

Au Mali les violences jihadistes se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant à des conflits intercommunautaires qui ont fait des centaines de morts.

De larges pans du territoire échappent au contrôle du pouvoir central malien.

 

Les doutes sont renforcés quant à la capacité du gouvernement à faire face à la situation, malgré l’appui de missions armées française (Barkhane), africaine (le G5 Sahel) et onusienne.

La dégradation va de pair avec une sévère crise humanitaire (4 millions de personnes), près de 170.000 personnes déplacées et 1/5e de la population ayant besoin d’une aide humanitaire.

 

Selon le dernier rapport de la Minusma (la force de l’ONU), entre juin et septembre, les groupes jihadistes ont mené plus de 60 attaques au Mali. Près d’un tiers se sont déroulées dans les régions du centre.  Les populations locales doutent de l’efficacité de la Minusma, au point d’avoir manifesté pour réclamer son départ.

 

 

Burkina Faso : violences très fortes

 

Le Burkina Faso, pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, est pris depuis quatre ans et demi dans une spirale de violences, attribuées à des groupes armés jihadistes.

Depuis début 2015, les attaques jihadistes, de plus en plus fréquentes et meurtrières, surtout dans le nord et l’est, ont fait plus de 585 morts, selon un comptage de l’AFP.

 

Les attaques contre les populations civiles et les forces de défense et de sécurité se multiplient, malgré des opérations dans différentes régions.

Ouagadougou, la capitale, a été touchée à trois reprises par des attentats. 

 

La sécurisation de l’arsenal des forces armées est devenue un véritable enjeu.

Car les bases militaires, gendarmeries, postes de police sont de plus en plus la cible d’attaques qui permettent aux assaillants de voler du matériel.

 

Ces attaques ont créé une crise humanitaire avec près de 300.000 déplacés qui ont fui le nord et l’est pour se réfugier plus au sud à où la pression jihadiste est moins forte.

Les attaques ont aussi attisé les violences intercommunautaires.

Et environ 2.000 écoles sont fermées.

 

Face à la multiplication des attaques dans les régions du Sahel, du Nord, et du Centre-Nord, les gouverneurs respectifs de ces régions ont annoncé des mesures, réduisant la circulation dans leurs régions.

 

Comme au Mali, des manifestants ont dénoncé la présence de forces étrangères.

Selon les organisateurs du rassemblement, la présence de forces étrangères ne vise qu’à « renforcer la domination des ex-puissances coloniales et le pillage des ressources naturelles » de leurs pays.

 

« La lutte contre le terrorisme est devenue, de nos jours, un prétexte pour les forces étrangères de s’installer dans les pays de la sous-région. Leur seul objectif : exploiter les ressources telles que l’uranium, le gaz, le pétrole, l’or et le diamant, entre autres », a déclaré Gabin Korbeogo, président de l’Organisation démocratique de la jeunesse.

 

 

Les déplacés au Burkina Faso isolés des humanitaires à cause des violences

 

Les humanitaires s’inquiètent de la dégradation de la situation des quelque 500 000 personnes déplacées, dans le nord et l’est du pays. En raison de l’insécurité, les humanitaires n’arrivent plus à venir en aide aux populations qui fuient les violences.

 

Non seulement la population est en détresse, mais le risque est réel que les jeunes soient enrôlés dans des groupes armés.

Car les populations locales ne peuvent plus aider les déplacés au Burkina Faso.

 

Sources : RFI, AFP

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