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Bande de Gaza : l’impasse

Bande de GazaLa bande de Gaza s’enfonce dans la pauvreté, et aucune solution n’apparaît pour mettre fin au blocus.

1- Des clefs pour comprendre
L’Autorité palestinienne n’est pas reconnue par 2 mouvements islamistes notoires : le Hamas (Mouvement de la résistance islamique) et le Djihad islamique.
Le Hamas avait remporté les législatives en janvier 2006. Après 16 mois de cohabitation houleuse au pouvoir avec le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, il s’est emparé de la bande de Gaza par la force en juin 2007.
Gaza avait été évacuée en 2005 par Israël après 38 ans d’occupation. Cependant Israël en contrôle toujours les frontières terrestres et maritimes.

Israël et l’Egypte ont fermé les frontières maritimes et terrestres de la Bande de Gaza après la prise de pouvoir du Hamas, en juin 2007. Ce blocus asphyxie 1,5 million d’habitants et est régulièrement dénoncé par l’ONU et la communauté internationale. Le territoire dépend de l’aide humanitaire internationale.
Des centaines de tunnels ont été creusés sous la frontière avec l’Egypte afin d’approvisionner le territoire pauvre et surpeuplé, aussi bien en vivres, carburant et produits de première nécessité qu’en armes pour les mouvements islamistes.
Le Hamas est soupçonné d’avoir renforcé son approvisionnement en armes, bien que l’Etat hébreu bombarde régulièrement les tunnels pour tenter de faire cesser le trafic.

La Syrie accueille la direction en exil du Hamas, et l’Iran apporte son soutien au Hamas et au Djihad islamique. Le Hezbollah chiite, basé au Liban, apporte aussi son soutien au Hamas.
Le Jihad islamique est considéré comme un des mouvements palestiniens les plus extrémistes.
Les deux mouvements islamistes rejettent catégoriquement toute négociation avec Israël et appellent à la guerre sainte. Des centaines de milliers de Palestiniens les soutiennent.
L’Autorité palestinienne n’a aucun contrôle sur eux. Le président Abbas ne contrôle que la Cisjordanie.

Depuis la violente prise du pouvoir à Gaza par le Hamas, les milliers de tirs de roquettes sur les localités du sud d’Israël depuis la bande de Gaza ont fait une quinzaine de morts en Israël.
En revanche, depuis 2000, plus de 7.000 Palestiniens ont été tués, surtout des civils. Mais pour Israël, le Hamas est responsable de tout ce qui arrive dans le territoire. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert appelait la population de Gaza à s’en prendre aux dirigeants du Hamas.

Une trêve de 6 mois négociée par l’Egypte était entrée en vigueur en juin 2008 et globalement respectée jusqu’en novembre, lorsque le calme a été rompu par une incursion israélienne. En représailles, les groupes armés palestiniens ont repris leurs tirs de roquettes contre Israël qui a riposté en renforçant le blocus du territoire.
Israël a ensuite déclenché une nouvelle offensive majeure dans la bande de Gaza, du 27 décembre au 18 janvier 2008, d’une violence jamais vue depuis 1967. Elle visait à mettre fin aux tirs de roquettes.

Suite à cette offensive majeure, Israël et le Hamas ont déclaré séparément des cessez-le-feu le 18 janvier, Israël ayant affirmé avoir atteint ses objectifs militaires.
Cependant le Hamas demeure puissant et la trêve est régulièrement rompue de part et d’autre.
L’offensive a fait 1400 morts, dont de nombreux civils, et Israël est suspecté de crimes de guerre, tout comme le Hamas. 13 Israéliens ont été tués dans ces combats.
Les destructions dans la bande de Gaza ont été massives : le territoire est un champ de ruines, de nombreux symboles du Hamas ont été visés, et des centaines de tunnels de contrebande entre la bande de Gaza et l’Egypte ont été détruits.

L’objectif déclaré de cette dernière offensive était de détruire les capacités du Hamas à lancer des roquettes et à faire entrer clandestinement des armes à Gaza via la frontière avec l’Egypte.
Avant le conflit, on comptait 3.000 tunnels. Tsahal en a détruit un bon nombre et les forces de sécurité égyptiennes en ont inondé ou fait sauter d’autres, mais il en reste encore des centaines opérationnels.
La contrebande continue donc, et le blocus reste strict de la part d’Israël et de l’Egypte. Il a pour effet d’accroître la pauvreté dans la bande de Gaza et d’empêcher sa reconstruction après l’offensive.
Après l’offensive, les tirs de roquettes ont en revanche pratiquement cessé.

2- Les violences se poursuivent, mais sont moindres
Depuis la fin de l’opération israélienne contre le Hamas à Gaza, le 18 janvier 2009, les tirs de roquettes depuis Gaza sur les villes du sud d’Israël ont très fortement diminué mais se poursuivent néanmoins de façon sporadique (environ 300 tirs de roquette depuis fin janvier 2009), entraînant des ripostes aériennes ponctuelles de l’armée israélienne.

Ce matin, les frappes aériennes menées par Israël sur la bande de Gaza ont fait 3 morts. L’armée a précisé avoir mené ces opérations après le tir hier d’une dizaine d’obus et d’une roquette sur l’Etat juif.
Les victimes ont été touchées lorsque des avions ont bombardé, près de la frontière égyptienne, deux tunnels utilisés par les Palestiniens pour faire entrer des marchandises depuis l’Egypte.
Le nombre de victimes des raids n’est pas plus élevé car des avions israéliens avaient lâché jeudi des milliers de tracts sur la bande de Gaza pour demander aux habitants de rester éloignés de la frontière.

En dépit des cessez-le-feu unilatéraux proclamés par Israël et par le Hamas le 18 janvier, la situation demeure donc tendue. Israël procède à des frappes et incursions régulières dans les parties frontalières. La marine israélienne intervient régulièrement à l’encontre des bateaux de pêche palestiniens.
Il semble que les tirs de roquette ne proviennent plus de militants du Hamas ; ils seraient l’œuvre de groupes djihadistes, contre l’avis du Hamas.

Le Djihad islamique accuse d’ailleurs le Hamas, son rival au pouvoir dans la bande de Gaza, de l’empêcher de tirer des roquettes sur Israël. Selon un responsable de cette faction radicale, des policiers du Hamas ont intercepté des commandos du Djihad armés de roquettes à trois reprises en septembre.
Le Hamas avait tiré des centaines de roquettes à courte portée sur l’Etat hébreu pendant l’intervention militaire israélienne à Gaza de décembre 2008-janvier 2009.

Depuis, il a officieusement demandé que cessent ces tirs pour ne pas compromettre la reconstruction.
Le Hamas a, pour sa part, rejeté les accusations du Djihad. “Il n’existe pas de trêve avec l’occupant, dont les crimes perpétrés contre notre peuple continuent. De ce fait, nous n’avons pas empêché la résistance et nous ne le ferons pas”, a déclaré Ehab al Ghsain, porte-parole du ministère de l’Intérieur.
Cependant, fin août, Mahmoud Zahar, l’un des plus anciens dirigeants du Hamas, avait dit à IRIN : « le gouvernement du Hamas à Gaza a mis fin, depuis janvier 2009, à tous les tirs de roquettes visant Israël. »

3- L’Egypte édifie une barrière souterraine anti-tunnels
Une fois terminée, la barrière d’acier souterraine en construction à la frontière entre l’Egypte et la Bande de Gaza pourrait bien changer la donne dans la région : en coupant en deux des centaines de tunnels de contrebande d’armes, de vivres et d’argent, elle pourrait réussir à asphyxier le territoire et forcer le Hamas à transiger.

Depuis le retrait israélien de Gaza en 2005, le Hamas est soupçonné d’avoir considérablement renforcé son approvisionnement en armes. L’Etat hébreu bombarde régulièrement les tunnels pour tenter de faire cesser le trafic et prévenir des attentats sur son territoire, mais l’Egypte s’inquiète aussi de la présence du régime islamiste à sa porte, et de son éventuelle influence, alors que le gouvernement du Caire lutte déjà contre des mouvements intégristes sur son sol.

C’est largement grâce aux tunnels que le régime du Hamas résiste au blocus israélo-égyptien.
Mais depuis novembre environ, l’Egypte construit ce mur “anti-tunnels” souterrain.
Lundi, on pouvait ainsi voir les ouvriers travailler juste derrière la frontière, enfonçant de gros poteaux d’acier dans le sol à l’aide de grues et d’énormes foreuses. Des soldats veillaient sur l’équipe. Les ouvriers ont déjà essuyé des coups de feu, même si aucun n’a été blessé jusqu’ici. Un peu plus loin, des gardes du Hamas observaient également les opérations, et les insultes ont fusé quand un militaire égyptien a sorti la tête de son véhicule.

Furieux, le Hamas tente de mobiliser l’opinion publique arabe et musulmane en organisant des manifestations contre le blocus imposé au territoire palestinien par l’Etat hébreu et l’Egypte.
Le secteur des tunnels palestiniens à Rafah, à la frontière entre l’Egypte et le sud de la bande de Gaza, est ainsi été le théâtre d’une vive tension ces derniers jours. Un échange de tirs a tué mercredi un policier égyptien et blessé une vingtaine de manifestants palestiniens qui protestaient contre l’édification de la barrière souterraine anti-tunnels du côté égyptien de la frontière.
Ces violences font suite à des échauffourées mardi soir au port voisin d’El-Arich (Egypte), après le refus des autorités égyptiennes de laisser entrer un convoi d’aide humanitaire dans la Bande de Gaza.

L’Egypte a fait l’objet de critiques d’organisations arabes et musulmanes, qui lui reprochent de coopérer avec Israël dans le blocus imposé depuis plus de deux ans au territoire palestinien.
Pendant une manifestation dimanche devant les ambassades d’Egypte en Jordanie et au Liban, la foule a brandi des portraits du président égyptien Hosni Moubarak le front marqué de l’étoile de David.
Le Hamas a trouvé des docteurs de l’islam pour déclarer le mur “haram” -contraire au Coran-, en réponse à la conclusion contraire livrée par la prestigieuse université théologique cairote d’Al-Azhar.

L’enjeu économique est énorme : près de 400 tunnels courent sous les 14 km de frontière séparant l’Egypte de la Bande de Gaza, faisant travailler 15.000 personnes et passer l’équivalent d’un million de dollars en biens divers par jour, selon Issa Nashar, maire Hamas de la ville-frontière de Rafah.
La municipalité fournit de l’électricité et prélève 2.500 dollars de taxes par tunnel, précise-t-il. Les rumeurs sur le mur souterrain vont bon train. Beaucoup croient ainsi que l’Egypte veut inonder les tunnels et cherchent à les rendre étanches.

De grandes tentes blanches marquent l’entrée des tunnels du côté gazaoui. Les tunnels émergent un kilomètre plus loin, côté égyptien, souvent dissimulés par des habitations.
Il y a deux ans, des militants du Hamas avaient percé une ouverture dans un mur métallique érigé par Israël à la frontière, et permis à des dizaines de milliers de Gazaouis de passer en Egypte jusqu’à ce que le bouclage soit rétabli.
“Les gens veulent vivre et avoir quelque chose à manger. Ils pourraient faire n’importe quoi”, prévient le porte-parole du ministère de l’Intérieur à Gaza, Ehab Ghussein, ajoutant : “Mais j’espère qu’on n’en arrivera pas là”.

4- Les contrebandiers se moquent du mur anti-tunnels construit par l’Egypte
Leurs camions chargés de marchandises de toutes sortes cahotent sur la route menant à la bande de Gaza. Les contrebandiers se moquent des informations sur la construction par l’Egypte d’un mur métallique souterrain censé, à terme, faire cesser leurs trafics.
“Là-dedans vous avez du ciment”, raconte Abou Khaled en montrant son pick-up camouflé avec de la boue. Ce Bédouin émacié et barbu s’est spécialisé dans ce matériau de construction, qu’il fait entrer dans l’enclave palestinienne par un tunnel qu’il gère lui-même.

Recherché par la police, il balaye l’idée qu’une telle barrière puisse l’empêcher de continuer à travailler. “Cela ne devrait pas poser de problème”, car on pourra toujours creuser plus profond, assure-t-il.
Les trafiquants qui prospèrent côté égyptien ont appris depuis longtemps à déjouer les pièges des gardes-frontière. Ils regardent avec amusement et commisération les lourds engins de chantier, visibles au loin, qui enfouissent des tubes et des plaques de métal dans le sol.
“Ils prennent de l’argent américain et le jettent dans des trous”, ironise un autre contrebandier près de la ville-frontière de Rafah, en ne donnant que son prénom, Mohammed.

Ni l’Egypte ni Israël ne veulent ou ne peuvent faire complètement cesser ces trafics, estiment les contrebandiers.
“Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles cela ne va pas marcher”, assure Abou Ahmed, ancien instituteur reconverti dans le trafic d’armes, interrogé sur le mur souterrain.
La police, souligne-t-il, est corrompue, tandis que les Bédouins et les trafiquants du secteur ont de l’argent. Et si la situation humanitaire à Gaza se détériore trop, l’Egypte risque de voir les habitants envahir son territoire, comme ce fut brièvement le cas en 2008.

Les contrebandiers estiment qu’un tel ouvrage, s’il est mené à son terme, ne pourra pas empêcher tous les tunnels, estimés à plusieurs centaines. Il pourrait même aider leurs affaires, en faisant monter les prix des marchandises acheminées par les galeries restantes.
Et tant que les Bédouins resteront marginalisés, ils n’auront de meilleur choix que de devenir contrebandiers pour joindre les deux bouts, fait valoir Abou Ahmed.

5- L’Egypte est soumise à une forte pression US et israélienne
Officiellement solidaire de la cause palestinienne, l’Egypte est dans le même temps inquiète face à l’emprise du Hamas à Gaza. L’ouverture intermittente du Terminal de Rafah vers l’Egypte est très limitée et strictement réglementée par les autorités égyptiennes. La frontière est ouverte dans certaines occasions pour des raisons humanitaires et des Palestiniens ont à plusieurs occasions ouvert des brèches et forcé le passage.

Le Caire est aussi sous forte pression israélienne et américaine pour mieux verrouiller sa frontière longue de 14 km avec l’enclave.
Les autorités égyptiennes annoncent régulièrement des destructions de tunnels, ainsi que des saisies d’armes ou d’explosifs.
Cependant, malgré les destructions de tunnels opérés par l’Egypte et Israël, ces derniers sont inlassablement reconstruits. Les travaux se font au grand jour avec des engins de travaux public, sous les yeux des gardes-frontières égyptiens postés à 50 mètres plus au sud.

L’Egypte est donc sommée par Israël et les USA d’agir différemment.
Il y a un an, elle avait commencé d’installer des caméras de surveillance et d’alerte le long de la frontière, dans le cadre d’un dispositif technologique de pointe, déployé avec l’aide des Etats-Unis notamment.
La France avait aussi participé à une mission de surveillance de la frontière, afin de lutter contre la contrebande d’armes à destination de Gaza.

6- Le Hamas reste puissant
L’offensive israélienne a causé des destructions importantes au Hamas : toutes les installations et casernes de ses forces de sécurité, la plupart des bâtiments gouvernementaux. Israël dit avoir tué plus de 700 combattants, le Hamas parle lui de 280, des policiers pour la plupart.
Cependant le Hamas reste puissant, puisqu’on estimait à 25.000 hommes ses effectifs combattants.
Les roquettes tirées sur l’Etat hébreu sont rudimentaires et bricolées dans de petits ateliers de la Bande de Gaza.

Mais un nombre croissant est plus sophistiqué et d’une portée supérieure : ces armes seraient fabriquées à partir de pièces provenant de Syrie ou d’Iran et acheminées clandestinement grâce aux tunnels creusés sous la frontière avec l’Egypte.
L’Iran et la Syrie fourniraient aussi au Hamas des armes, des connaissances techniques et un entraînement.
Début novembre, le chef des renseignements militaires israéliens a annoncé que le Hamas a récemment testé une roquette de fabrication iranienne d’une portée de 60 km, c’est-à-dire pouvant atteindre Tel-Aviv.

Lors de la récente offensive israélienne dans la Bande de Gaza, des militants palestiniens ont tiré des roquettes à plus de 45km à l’intérieur des terres de l’Etat hébreu.
D’après des responsables israéliens, au moins 1/10e des sept millions d’habitants du pays et certaines de ses plus grandes villes sont désormais à portée des missiles. Le Hamas détient encore des milliers de roquettes, estime Avital Leibovich, une porte-parole de Tsahal.

La trêve de 6 mois, qui s’était achevée en décembre 2008, a permis au Hamas de reconstituer ses forces. Le 17 mai 2009, le ministre israélien de la sécurité publique Avi Dichter estimait que le Hamas pourrait menacer des centaines de milliers d’Israéliens supplémentaires avec ses roquettes. Selon lui, son arsenal était alors presque équivalent à celui d’un Etat souverain. Et selon le Centre d’information sur le renseignement et le terrorisme, très proche des milieux israéliens de la défense, le Hamas a acquis des roquettes à plus longue portée ainsi que des armes anti-char perfectionnées. Le rapport affirme aussi que l’Iran et la Syrie fournissent des armes, des connaissances techniques et un entraînement au Hamas.

7- Israël espère lever une menace majeure avec un bouclier anti-roquettes
Israël espère lever une menace majeure contre son territoire en déployant un nouveau système de défense, testé avec un “succès total” et capable d’intercepter des salves de roquettes en provenance du Liban ou de Gaza.
Le prototype du système “Voûte d’acier”, dont les ultimes essais ont été effectués cette semaine, est une réponse aux tirs de roquettes et d’obus de mortier visant la région septentrionale d’Israël, depuis le Liban, et le sud du pays, à partir de Gaza. D’une portée de 40 à 70 km, il doit être opérationnel d’ici six mois dans la zone limitrophe de la bande de Gaza.

Ultérieurement, des batteries de “Voûte d’acier” seront positionnées le long de la frontière avec le Liban, où le Hezbollah chiite a concentré un arsenal de 40.000 roquettes selon Israël.
Durant la guerre de 2006, le Hezbollah a tiré plus de 4.000 roquettes et contraint un million d’habitants du nord d’Israël à se réfugier dans des abris ou à fuir vers le sud.
“Voûte d’acier” s’intégre dans un réseau défensif comptant des batteries de missiles antimissiles israéliens Hetz, capables de détruire des engins balistiques à longue portée lancés du Liban, de Syrie ou d’Iran. Selon le ministère de la Défense, ce rideau défensif doit être complété par un 3e système, appelé à être développé dans les prochaines années et visant à intercepter des missiles à moyenne portée.

Aujourd’hui, les roquettes et missiles stockés au Liban ou à Gaza menacent quelque 5 millions d’habitants en Israël, surtout dans la région de Tel-Aviv, sur une population de 7,5 millions, selon les autorités israéliennes.
“Il y aura une transformation de la situation diplomatique et sécuritaire d’Israël dès que ce système sera opérationnel sur nos fronts nord et sud”, assure Pinhas Buchris, directeur général du ministère de la Défense.
Considérés comme une “menace stratégique”, ces tirs de missiles et de roquettes ont contraint Israël à lancer d’importantes opérations militaires contre le Liban et Gaza, argue-t-on au ministère.

En éliminant cette menace, Israël pourra donc s’épargner les critiques internationales que ne manquerait pas de provoquer une répétition de son offensive à Gaza, souligne Ephraim Inbar, directeur du Centre d’études stratégiques Begin-Sadate.
“Le système neutralise un des fondements de la stratégie de nos ennemis qui, pour surmonter la supériorité totale de l’armée israélienne, n’ont trouvé qu’un seul moyen de viser Israël : frapper nos centres urbains”, explique M. Inbar.

Et depuis des années, les dirigeants israéliens affirment que la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie mettrait à portée des tirs les centres vitaux d’Israël.
“Avec le nouveau système, Israël lève les menaces potentielles les plus dangereuses qui pèseraient sur l’aéroport international Ben Gourion de Tel-Aviv en cas d’accord de paix avec les Palestiniens”, relève le porte-parole de la Défense Schlomo Dror.
Mais les dirigeants israéliens ne croient pas que “Voûte d’acier” mettra fin aux tirs palestiniens. “Il n’y a pas de protection à 100%. Les activistes essaieront toujours de lancer des attaques contre nous”, estime M. Dror.

8- La distribution de l’aide aux Palestiniens toujours cruciale
La bande de Gaza est soumise depuis juin 2007 à un blocus israélien qui a été renforcé après la dernière guerre. Avant, la situation était déjà difficile, avec des pénuries majeures et un taux de chômage de 49%. La moitié des familles vivait sous le seuil de pauvreté.
La guerre a entraîné une profonde dégradation de la situation humanitaire dans le territoire exigu de 362 km2 où s’entassent 1,5 million d’habitants, complètement dépendants de l’aide humanitaire internationale. Les pénuries alimentaires et la flambée des prix sont criantes.

De plus, beaucoup de gens n’ont nulle part où aller du fait de la destruction de leurs maisons. Ils sont hébergés dans des abris d’urgence gérés par les ONG et l’ONU.
La distribution de l’assistance humanitaire continue d’être cruciale mais les restrictions israéliennes la rendent difficile.
La population manque de tout : eau potable, nourriture, hygiène, carburant, santé, écoles, électricité… La moitié des familles vit sous le seuil de pauvreté, un chiffre en augmentation en dépit de l’assistance humanitaire.

Même si le Hamas effectue quelques réparations grâce à des matériaux importés d’Egypte via les tunnels de contrebande, la bande de Gaza reste un champ de ruines, l’approvisionnement en eau et électricité est sporadique, les réseaux endommagés n’ont pas été réparés, et les eaux usées s’écoulent dans la Méditerranée. Dans l’étroite bande côtière, la situation est critique, avec 90 à 95% des eaux contaminées et impropres à la consommation.
Le système médical est également déplorable.
Même l’agriculture est en péril : près de 75 % des habitants sont touchés par l’insécurité alimentaire, en raison d’une forte hausse des prix, de la pauvreté et de la destruction des zones agricoles.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est inquiété fin décembre du “sentiment de désespérance” prévalant à Gaza et a appelé Israël à lever son blocus “inacceptable”.
“La qualité et la quantité des approvisionnements humanitaires à Gaza sont insuffisantes, la reconstruction et l’activité économique sont paralysées et la population se voit refuser les droits humains élémentaires”, a déploré M. Ban.
Les enfants aussi souffrent, non seulement du froid dans les écoles en ruines mais aussi du traumatisme de la guerre. Ils pourraient bien évoluer vers l’extrémisme.

Mais Israël compte maintenir son blocus tant que certaines conditions ne seront pas satisfaites :
–          la libération par le Hamas du soldat Gilad Shalit, enlevé en juin 2006 par des activistes basés à Gaza ;
–          l’arrêt des tirs de roquettes sporadiques visant Israël depuis la bande de Gaza
–          l’acceptation par le Hamas de trois principes : renonciation à la violence, reconnaissance d’Israël et respect des accords de paix existants.

9- L’ONU bâtit des maisons en terre pour les sans-abri palestiniens de Gaza
En dépit des promesses de l’ONU, Majid Athamna est persuadé que l’habitation de terre qui va remplacer sa maison en dur, détruite il y a un an pendant la guerre de Gaza, n’est pas une solution provisoire. “Il n’y aura jamais de reconstruction”, se lamente ce Palestinien.
“Je suis certain que ces maisons +temporaires+ deviendront permanentes”, estime Majid, devant le nouveau domicile que l’ONU vient de lui remettre, tandis que la reconstruction se fait toujours attendre dans une bande de Gaza en ruines et sous blocus israélien.

Cette maison d’argile est un substitut au logis familial de Jabaliya (nord de la bande de Gaza), démoli durant l’opération “Plomb durci” de l’armée israélienne (27 décembre 2008-18 janvier 2009).
Selon l’ONU, quelque 6.400 habitations ont été détruites ou sérieusement endommagées durant le conflit. Un an après, des Gazaouis sont toujours sans toit. Ils s’entassent dans des appartements de proches, quelques-uns vivent sous la tente.

La reconstruction est entravée par le blocus imposé en juin 2007 par Israël et appliqué de concert avec l’Egypte, en vertu duquel l’importation de matériaux de construction est interdite.
Israël interdit en effet l’importation des matériaux de reconstruction, l’acier et le ciment, les tuyaux et les vitres, tout ce qui pourrait servir à fabriquer des bunkers, des roquettes ou des tunnels. L’ONU tance Israël, en vain.
Ces matériaux sont introduits clandestinement, à des coûts exorbitants, via des tunnels creusés sous la frontière égyptienne à Rafah.

La reconstruction est aussi compliquée par le refus de la communauté internationale de verser au Hamas l’aide de près de 4,5 milliards de dollars promise après la guerre pour rebâtir Gaza.
Ne traitant qu’avec l’Autorité palestinienne, la communauté internationale refuse de parler au Hamas tant qu’il ne reconnaît pas Israël et ne renonce pas à la violence, et exclut que l’aide à la reconstruction de Gaza passe par lui. Or il est difficile pour les donateurs de passer outre le Hamas pour aider les habitants de Gaza.

Les habitations d’argile, construites grâce à un financement de l’émirat du Koweït et du Croissant rouge des Emirats arabes unis (EAU), coûtent de 8.000 à 10.000 euros. Elles font chacune 70 m2 et comprennent deux chambres à coucher, une cuisine et une salle de bain, ainsi qu’un petit salon. Au total, 120 unités doivent être construites.
L’ONU en profite pour former des Gazaouis à la fabrication de briques en terre et espère ainsi créer des dizaines d’emplois dans un territoire où 85% de la population dépend de l’aide étrangère.

Tous ceux qui ont perdu leur logement l’hiver dernier n’auront toutefois pas cette chance. Seuls les Palestiniens dûment enregistrés auprès de l’ONU comme réfugiés de 1948 peuvent en bénéficier.
Mohammed al-Samouni, 35 ans, a perdu 29 proches dans un bombardement israélien il y a un an. Mais en dépit de la tragédie, il ne pourra pas profiter du programme de l’ONU car sa famille n’est pas réfugiée mais de souche gazaouie. “Les Israéliens ne nous ont jamais demandé si nous étions des réfugiés ou originaires de Gaza lorsqu’ils ont détruit nos maisons”, peste-t-il amèrement.

Sources : AFP, AP, Reuters, ONU, IRIN

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