Guerre par procuration contre l’Iran au Yémen : l’Arabie Saoudite encerclée ?

 

AUDIO – 22 mai 2018

 

 

 

ARTICLE – 22 mai 2018

 

Le Yémen, composé de nombreuses tribus, est situé dans le sud de la péninsule arabique.

Ce voisin de l’Arabie Saoudite est en proie à une guerre civile complexe depuis 7 ans.

Parmi les nombreux conflits qui le ravagent, le plus important est celui mené par les rebelles Houthis.

 

Les Houthis sont des Zaïdistes.

Le zaïdisme est un grand courant chiite, mais néanmoins assez proche du sunnisme.

Les Zaïdistes, qui représentent environ un tiers de la population yéménite, s’estimaient marginalisés par le pouvoir central.

D’où la rébellion, encouragée depuis de nombreuses années par l’Iran.

 

Au Yémen notons aussi les revendications autonomistes des sudistes.

En effet, les provinces du Sud ont été indépendantes pendant des décennies. La réunification entre nord et sud n’a eu lieu qu’en 1990.

Mais depuis, le Sud a fait des tentatives de sécession, car les sudistes accusent les nordistes de confisquer le pouvoir et de les discriminer.

 

Enfin, profitant du chaos, s’installent, comme partout dans le monde, des extrémistes islamistes. Pour le Yémen, c’est Al-Qaïda au Maghreb islamique, autrement dit AQPA, et aussi la multinationale islamiste Daech.

AQPA et Daech occupent des territoires dans le sud et le sud-est du Yémen.

Les attaques de Daech, principalement dans le sud du pays, ont fait des centaines de morts.

 

La pauvreté très forte au Yémen pousse les jeunes dans les bras des extrémistes. Ce radicalisme menace toute la péninsule arabique, et essaie aussi de recruter en Arabie Saoudite.

Daech y nourrit une grande ambition : détruire la Kaaba, lieu saint de l’islam situé à La Mecque.

 

Revenons au conflit le plus important, celui des Houthis.

La guerre des Houthis contre le pouvoir central s’est envenimée lorsque l’Arabie Saoudite est intervenue en 2015 dans le conflit.

A la tête d’une dizaines de pays sunnites, elle soutient les forces progouvernementales.

 

Quel intérêt pour la riche monarchie pétrolière de s’enliser dans ce conflit sans issue ?

En fait, elle craint d’être encerclée. Regardons la carte de la région.

Les rebelles Houthis contrôlent la capitale Sanaa et de vastes territoires de l’ouest depuis 2015.

Ils sont à la frontière saoudienne.

 

Ils sont soutenus militairement par l’Iran.

L’Iran est lui-même à la tête d’une puissante coalition régionale : le Qatar, la Turquie, la Syrie, le Liban qui est dominé par le Hezbollah.

Et suite aux élections irakiennes récentes, l’Arabie Saoudite regarde avec effroi l’Iran se rapprocher de l’Irak.

 

Ajoutons à cela la communauté chiite présente dans l’est de l’Arabie Saoudite, une région riche en pétrole.

Les chiites représentent 10 à 15 % de la population saoudienne et s’estiment victimes de discriminations.

Leurs velléités autonomistes leur ont valu d’affronter l’armée saoudienne à plusieurs reprises.

 

Afin d’éviter l’encerclement, l’Arabie Saoudite est donc déterminée à défaire la rébellion houthie du Yémen.

Elle a lancé jeudi une offensive majeure sur Hodeïda, le principal port du pays, qui est soupçonné de réceptionner les armes destinées aux Houthis.

Cela a entraîné la fuite de dizaines de milliers de Yéménites.

 

L’Arabie Saoudite est souvent accusée par la communauté internationale de bombarder des zones densément peuplées, sans considération pour les civils.

En cela, l’Occident, et notamment la France, qui lui vendent des armes, sont accusés de complicité.

 

Mais les Houthis aussi sont épinglés pour leurs bavures contre les civils.

Aujourd’hui encore, 5 personnes ont été tuées et 22 autres blessées par des tirs de missiles houthis sur Marib, une ville sous contrôle du gouvernement officiel.

Les Houthis reçoivent un important soutien militaire de l’Iran.

On voit ainsi cette rébellion multiplier les tirs de missiles balistiques sur l’Arabie Saoudite.

 

Hier encore, la défense antiaérienne saoudienne a intercepté et détruit un missile.

Ces tirs font très peu de victimes, car ils sont souvent interceptés.

Mais les Saoudiens sentent un réel danger.

Récemment, par exemple, un missile est tombé non loin de Ryad, la capitale.

 

Comment les armes arrivent-elles d’Iran jusqu’aux mains de la rébellion ?

D’après une étude, elles empruntent la voie maritime.

De l’Iran à la Somalie, puis elles traversent le Golfe d’Aden pour arriver au port d’Hodeïda, tenu par la rébellion.

 

Mais les arrivées d’armes vont certainement bientôt se tarir pour les Houthis.

En effet, non seulement la coalition saoudienne a noué de forts partenariats avec tous les pays de la Corne de l’Afrique, mais aussi avec le nord de la Somalie.

En fait, dans ce pays en proie au chaos, les deux régions du nord ne sont plus sous le contrôle du pouvoir central.

 

Les Emirats Arabes Unis, qui font partie de la coalition saoudienne, sont en train de construire une base navale dans la région la plus au nord, le Somaliland, qui est de facto indépendant.

Cette base navale ne sera destinée qu’aux navires de guerre.

D’autre part, ils prennent aussi le contrôle d’un port important situé dans la région du Puntland, juste au sud du Somaliland.

Le Puntland est une région semi-autonome.

 

Assurément, les patrouilles navales de la coalition saoudienne devraient bientôt se multiplier sur la route maritime entre la Somalie du nord et le Yémen.

Elles seront ainsi en mesure d’intercepter les armes à destination de la rébellion houthie.

 

Fâché que ses deux régions sécessionnistes traitent directement avec les Emirats, le gouvernement de la Somalie s’est rapproché de la coalition iranienne.

La Somalie bénéficie d’un fort soutien financier du Qatar et de la Turquie.

 

Mais au sujet des armes transitant par la Somalie, la route maritime est autrement plus longue si les cargaisons ne partent pas du nord du pays.

De plus, cette route aussi est en train d’être verrouillée par les Emirats.

 

En effet, dans le Golfe d’Aden, entre la péninsule arabique et la Corne de l’Afrique se trouve l’île de Socotra.

Bien qu’officiellement yéménite, elle voit en ce moment débarquer des soldats émiratis.

Le 11 mai la Turquie a donc manifesté sa préoccupation.

A juste titre, car la Turquie est dans l’alliance iranienne.

 

Avec cette base militaire à Socotra, la coalition saoudienne pourra contrer les plans de l’alliance iranienne.

Tout navire suspect navigant entre Somalie et Yémen pourra bientôt être intercepté.

 

Ainsi, en surveillant la route des armes, la coalition saoudienne devrait rapidement amener les Houthis sur le terrain des négociations.

La paix ferait le plus grand bien au Yémen, dont les civils souffrent le martyr.

Depuis 2015 et l’entrée en guerre de l’Arabie Saoudite, le nombre de morts se chiffre à 10 000.

 

On compte aussi 55 000 blessés. Plus de trois millions de personnes ont été déplacées et un risque de famine généralisée menace le pays.

Sur 29 millions d’habitants au Yémen, quelque 22 millions de personnes sont affectées par le conflit.

La malnutrition est généralisée, et 8,4 millions de personnes sont proches de la famine.

 

Sans même parler des risques d’épidémie et de la présence du choléra, qui risque de redoubler avec la saison des pluies.

Les Nations unies qualifient le Yémen de “pire crise humanitaire du monde”.

 

Malgré le blocus imposé au port d’Hodeïda, afin d’empêcher les armes d’arriver jusqu’aux Houthis, l’aide humanitaire arrive tout de même à atteindre les Yéménites.

Plus de 190 partenaires humanitaires travaillent actuellement à travers le pays.

Ils fournissent une assistance à 75% de la population.

 

Et début avril, 40 pays réunis à Genève ont promis plus de 2 milliards de dollars pour soutenir les opérations humanitaires dans le pays.

C’est un succès remarquable pour la solidarité internationale à l’égard du Yémen.

Il faut noter le soutien de l’Arabie Saoudite et des Emirats aux civils yéménites : avant même la réunion de Genève, ils ont donné 930 millions de dollars.

 

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AQMI est l’acronyme d’Al-Quaïda au Maghreb Islamique
AQPA est l’acronyme d’Al-Quaïda dans la Péninsule Arabique