Burkina Faso : échec face aux djihadistes, risque de putsch sans aide de la Russie

Burkina Faso : échec face aux djihadistes, risque de putsch sans aide de la Russie

Le Burkina Faso est en proie à une forte criminalité : violences interethniques, groupes armés qui se battent entre eux pour la suprématie et le contrôle des ressources, et attaques djihadistes.

 

L’insurrection islamiste, qui massacre forces armées et civils, s’est propagée à partir du Mali voisin en 2015.

Le bilan est lourd : 10 000 et 12 000 morts en sept ans, et environ deux millions de déplacés par les affrontements.

 

Deux groupes djihadistes, qui contrôlent ensemble environ 40 % du territoire se font concurrence au Burkina Faso :

  • l’organisation État islamique au Grand Sahara (EIGS), affilié à l’organisation État islamique
  • le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda

 

L’EIGS progresse dans le nord et l’est du Burkina Faso depuis sa création, en 2015, dans la fameuse zone des « trois frontières » (Burkina Faso, Niger, Mali).

L’incapacité des différents présidents à freiner la violence djihadiste a entraîné deux coups d’État en 2022.

 

Le nouveau président, le capitaine Traoré, arrivé au pouvoir par un putsch fin septembre 2022, a promis des succès contre les islamistes, mais l’inverse a lieu : les violences augmentent.

 

Et cela malgré un recrutement massif de supplétifs civils de l’armée (90 000), les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), dont un certain nombre encore en formation, également massacrés par les djihadistes.

 

 

Un véritable carnage

Les forces armées du Burkina Faso sont frappées par une série d’attaques terroristes.

Depuis début janvier, les djihadistes ont tué plus de 200 personnes civiles et militaires.

Mercredi encore, au moins 12 VDP ont été tués dans le nord du pays, entraînant encore la fuite de nombreux habitants.

 

Encore plus grave, plusieurs dizaines de militaires ont été tués en une semaine, toujours dans le nord, près de la frontière malienne, attaques attribuées à l’EIGS.

Des spécialistes parlent de plus de 70 soldats tués.

 

L’armée poursuit ses opérations : 160 terroristes auraient été neutralisés.

Elle a réussi à reprendre des villes entre décembre 2022 et mi-janvier 2023, mais les djihadistes accélèrent : 30 à 40 attaques par semaine actuellement, contre 20 à 30 il y a un an.

 

 

Exactions de l’armée contre des civils

Comme si les attaques islamistes ne suffisaient pas, l’armée, les VDP et les milices d’auto-défense sont accusés d’exactions.

Les esprits ont été marqués par tueries de Nouna, quand fin décembre 2022 des dizaines de civils peuls ont été tués par des miliciens dozos en représailles à une attaque menée par un groupe islamiste du JNIM contre des Dozos, alliés au gouvernement.

 

En filigrane, des attaques de milices d’auto-défense ou de VDP qui pour certains sont des Dozos, contre des Peuls. Ces deux groupes se vouent une haine tenace depuis des dizaines d’années au Sahel.

Et des images atroces circulent sur Internet montrant des violences de l’armée contre des civils, dont des enfants.

 

A noter, entre autres, une trentaine de civils tués début février par des militaires, dans trois localités de la région de l’Est, alors que passait un convoi sécurisé par l’armée burkinabè.

Le gouvernement a annoncé l’ouverture d’une enquête.

 

 

Pourquoi le succès des groupes djihadistes ?

Raisons pour lesquelles des jeunes rejoignent les djihadistes :

  • La précarité économique, accentuée par l’insécurité générée par les djihadistes, ce qui dégrade la situation humanitaire, le dernier exemple étant le meurtre de 2 personnes travaillant pour Médecins sans frontière
  • La déscolarisation ; or des milliers d’écoles ont fermé en raison des violences
  • La dégradation de la confiance dans les institutions ; or les exactions commises par l’armée et les forces armées par l’État dégradent beaucoup cette confiance.

 

Comment les djihadistes se procurent-ils des armes ?

  • les armes volées aux forces nationales (ce qui encore plus facile quand il s’agit de VDP peu formés), dans les armureries ou bien achetées à des agents corrompus
  • armes provenant d’anciens conflits
  • production artisanale
  • un trafic d’armes colossal d’autant plus aisé que l’État est très absent sur le territoire du Burkina. Il existe même des marchés à ciel ouvert.

 

Au sujet du financement des groupes armés, l’or joue un rôle important, des groupes armés ayant pris le contrôle de mines dans l’est.

Les djihadistes font aussi de la contrebande, notamment de carburant.

 

 

La Russie intéressée par l’or du Burkina

Le Burkina dit vouloir combattre seul les terroristes et a donc chassé en janvier la force française « Sabre », avec le soutien de nombreux manifestants pro-russe et anti-français.

Mais c’est depuis des mois que la Russie soigne sa propagande, exacerbant la haine contre la France, ancien colonisateur.

 

Le Burkina est proche du Mali, pays voisin, avec qui il soigne ses relations.

En ce moment-même, le Premier ministre malien est en visite au Burkina.

Dans ces deux pays, les juntes ont chassé les forces françaises, qui avaient été appelées à la rescousse contre les djihadistes il y a des années.

 

Autre point commun, celui d’être suspendus de l’Union africaine et de la Cédéao, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, en raison des coups d’État.

Ils sont également sous le coup de sanctions de la Cédéao.

 

Ibrahim Traoré est tenté d’imiter le Mali, qui a fait appel à la Russie dans son combat contre les djihadistes.

Pourtant c’est un échec au Mali, car depuis le départ des forces françaises, les actes terroristes ont augmenté d’environ 30 %.

 

De plus, le groupe paramilitaire russe Wagner est accusé d’exactions, ce qui incite les Maliens à demander la protection des djihadistes.

Mais le Mali nie la présence de Wagner, parlant seulement d’instructeurs russes.

 

Au Burkina, la Russie et la junte démentent toute présence du groupe Wagner, bien que des vidéos aient montré récemment des paramilitaires russes dans le pays.

En tout cas, une société russe est bien présente dans l’exploitation de l’or, ayant obtenu d’Ibrahim Traoré l’exploitation d’une quatrième mine dans le nord du pays.

 

Le président est sous pression, car il risque à son tour, à force d’incapacité à enrayer les attaques terroristes, de se faire chasser par un coup d’Etat.

Il peut cependant compter sur le soutien de plusieurs partis politiques et organisations de la société civile.

 

A noter tout de même que l’opposition dénonce la suspension des activités des partis politiques.

L’Union pour le progrès et le changement a donc saisi la justice face à l’interdiction de se réunir.

 

 

Situation humanitaire désastreuse

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du monde.

Près d’un million de personnes vivent actuellement dans des zones sous blocus, dans le nord ou l’est du pays, sous l’emprise des groupes djihadistes.

 

Elles souffrent de pénuries, l’aide internationale peinant à se frayer un chemin en raison de l’insécurité. Un événement récent a marqué les esprits : 60 à 70 femmes et enfants s’étaient faits enlever par des djihadistes présumés à Arbinda, dans le nord, avant d’être retrouvées quelques jours après.

 

Arbinda est dans la province du Soum, dans la zone des “trois frontières”, où la situation humanitaire est alarmante.

Les femmes s’étaient justement faites enlever car elles doivent faire régulièrement des sorties dans la brousse afin de chercher de quoi manger.

 

Au Burkina Faso, des milliers d’école et de centres de santé sont fermés en raison des attaques.

Les personnes déplacées augmentent de jour en jour.

 

Début février, la Côte d’Ivoire note un afflux de 8 700 réfugiés venant du Burkina Faso. Ils se sont installés dans le nord et le nord-est de la Côte d’Ivoire. La plupart ont de la famille chez qui ils sont hébergés.

 

Par ailleurs, en raison de la pauvreté, nous avons vu que des jeunes rejoignent les groupes djihadistes, tandis que d’autres Burkinabè se lancent dans une recherche effrénée d’or.

 

Des mines illégales surgissent partout, causant de grands dommages à l’environnement et à des sites sacrés.

Ces mines sont aussi dépourvues de normes de sécurité, et des éboulements meurtriers ont souvent lieu.

 

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Bourdain
Bourdain
11 mois plus tôt

Très intéressant. J’ignorais qu’il y avait un tel nombre de victimes dans ce conflit. En fait, cela ressemble quand même assez à une guerre civile, même les djihadistes sont sans doute burkinabés pour beaucoup d’entre eux.
C’est pour cela que toute intervention étrangère semble inefficace.

Ismaël Babakhane
Ismaël Babakhane
11 mois plus tôt

Merci pour votre analyse, mais je reste un peu perplexe sur une chose dont vous ne faites pas cas. POURQUOI CE PAYS EST ATTAQUE ? QU’EST-CE QUE CES GROUPES REVENDIQUENT? Au Mali c’est l’indépendance de l’Azawad au départ, puis la charia et le BURKINA c’est quoi ???? Dites nous quel a été et est le rôle de la FRANCE dans cette crise? Pourquoi le coq gaulois a perdu ses plumes dans le Sahel ??? Pourquoi la Russie dans le Sahel ???Tant de questions sans réponses qu’il faut élucider et à la fin ,QUI ARMES CES GROUPES TERRORISTES et le silence… Lire la suite »

Henri
Henri
11 mois plus tôt

Je pense que c’est une analyse propagandiste. Les forces nationales ont déjà reconquis certaines zones et la Russie n’en est rien dans le coup d’état récent au Burkina Faso. À l’évidence, le président déchu avait trahi sa mission qui était de lutter et reconquérir le territoire, et il s’était plutôt lancé dans la restauration d’une politique obselette.

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