L’Inde doit affronter un climat social explosif et une hausse du trafic humain

L’Inde doit affronter un climat social explosif et une hausse du trafic humain

 

Des dizaines de milliers d’agriculteurs révoltés

 

Que reprochent les agriculteurs au gouvernement ?

Selon une loi promulguée fin septembre, les paysans ont désormais la liberté de vendre leurs produits à un acheteur au prix de leur choix.

 

Jusqu’alors ils vendaient leurs marchandises sur les marchés régulés par l’Etat (les “mandis”) avec des prix fixés.

Et les agriculteurs pensent que cette nouvelle loi va les pénaliser, donnant beaucoup de pouvoir aux grands acheteurs qui seraient tentés de faire baisser les prix en faisant jouer la concurrence.

 

Donc depuis 2 mois la tension monte.

Suite à une grève générale en Inde le 26 novembre, des manifestations éclatèrent le 28 novembre près de la capitale New Delhi.

 

Et depuis, des dizaines de milliers d’agriculteurs campent à la périphérie de la capitale.

Ils sont résolus à tenir jusqu’au retrait de la loi.

Malgré le froid, ils campent, et bloquent les accès à la capitale.

 

Ils ont des vivres pour 6 mois.

Et des centaines de milliers de manifestants affluent, avec ou sans tracteur.

Des milliers de policiers sont déployés dans les rues de New Delhi et la sécurité est renforcée dans le reste du pays pour éviter tout débordement.

 

Si la situation est actuellement relativement calme, il y eût fin novembre de violents affrontements avec la police en banlieue de la capitale.

Le gouvernement a tenté de négocier avec les agriculteurs, en vain.

 

Les agriculteurs appellent mardi à une journée de grève générale et à des manifestations à travers tout le pays.

Ils veulent surtout bloquer pendant plusieurs heures les principales routes et lignes ferroviaires du pays.

 

Inde — Wikipédia

 

La sécheresse prend les agriculteurs à la gorge

 

Le secteur agricole est un pan économique important en Inde, et le Premier ministre voudrait le moderniser.

En Inde, 86 % des agriculteurs sont de tout petits exploitants.

 

Le Premier ministre pense que de grandes exploitations seraient plus performantes pour l’économie du pays.

L’idée serait donc que de gros acheteurs rachètent de nombreuses petites exploitations.

 

Mais inévitablement, cela mettrait sur la paille de nombreux paysans, qui seraient ensuite obligés de se faire embaucher comme employés (certains agriculteurs craignent même l’esclavage).

 

La situation est déjà très difficile ces dernières années en raison de l’endettement, de la stagnation des prix des produits agricoles, de la hausse des coûts des engrais et semences, des ravages causés par les criquets pèlerins, et de la sécheresse.

Des milliers d’agriculteurs se sont suicidés.

 

Comment les choses pourraient-elles s’arranger alors que le puissant voisin chinois menace les agriculteurs indiens de vol de pluie ?

La Chine a en effet conçu un système pour influencer la météo.

 

La Chine devrait disposer de ce système révolutionnaire d’ici 2025.

Elle pourra ainsi produire de la pluie ou de la neige artificielle sur des millions de kilomètres carrés.

Mais l’Inde craint que cela ait une influence néfaste sur ses précipitations.

 

 

Qui soutient les agriculteurs ?

 

Pour commencer, un grand nombre d’agriculteurs manifestant vient du Pendjab, où le pouvoir est détenu par le parti du Congrès, principal parti d’opposition.

Ce parti a dirigé l’essentiel des gouvernements depuis l’indépendance de l’Inde, mais a subi une défaite cuisante aux législatives de mai 2019.

 

Voici une occasion pour lui de prendre sa revanche contre le parti du Premier ministre, le BJP. Notons que le parti du Congrès est de gauche et avait même conclu une alliance, au moment des législatives, avec le Parti communiste d’Inde (marxiste) et le Parti communiste d’Inde.

 

D’où vient l’argent permettant de payer les vivres pour 6 mois ainsi que la présence des agriculteurs, n’étant de fait pas à leur ouvrage ?

Il faut noter que tout affaiblissement du gouvernement indien actuel profite à la Chine et au Pakistan, pays ennemis de l’Inde.

 

La Chine est très puissante.

D’autant plus qu’elle vient de signer avec 14 pays asiatiques le plus vaste accord de libre-échange au monde : le RCEP.

Mais l’Inde n’en fait pas partie.

 

Par ailleurs, la capitale, dirigée par l’opposition, soutient les manifestations, au grand dam du gouvernement. Elle a même préparé un terrain pour les fermiers.

Enfin, les agriculteurs sont soutenus par de nombreux cheminots, routiers, enseignants et syndicats, ainsi que par une quinzaine de formations politiques.

 

 

Ce n’est pas la première fois que l’Inde connaît de gigantesques mouvements sociaux

 

Une grande grève fût organisée en janvier 2019 par une dizaine de syndicats.

Ils réclamaient une hausse du salaire minimum, la sécurité sociale universelle, l’arrêt des privatisations et l’arrêt de la réforme du droit du travail.

 

Plus récemment, en octobre, des centaines de milliers de cueilleurs de thé de l’Assam étaient en grève, afin de demander des augmentations de salaire.

Leurs protestations rejoignaient celle des agriculteurs, qui déjà se battaient contre la fameuse nouvelle loi libéralisant les prix de vente des fruits et légumes.

 

Autre dossier très sensible en Inde, les travailleurs migrants de l’intérieur.

Un grand nombre de travailleurs en Inde sont en effet des migrants venus de régions pauvres. Ce sont ainsi plus de 100 millions de personnes qui travaillent dans le secteur informel, sous-payés et sans protection sociale.

 

Ils travaillent sur les chantiers de construction ou dans les ateliers de textile.

Des associations demandent pour eux une aide financière.

Leur pétition a déjà recueilli 1,5 million de signatures.

 

Ces travailleurs ont subi de plein fouet les mesures restrictives liées à la pandémie, perdant tout revenu, n’ayant même plus de quoi manger.

Certains doivent vendre leurs terres ou leur maison, d’autres empruntent à des taux exorbitants…

 

Cette pauvreté risque d’augmenter le trafic humain, le travail des enfants (il y a déjà de nombreux enfants esclaves), et des centaines de millions d’Indiens pourraient tomber sous le seuil de pauvreté.

Vu leur précarité, est-il possible qu’ils rejoignent le mouvement des agriculteurs ?

 

 

Le bilan du Premier ministre est contrasté, la pédocriminalité en hausse

 

En 2014, le parti BJP, issue de la droite nationaliste hindoue, est arrivé au pouvoir en mettant en avant le développement économique et la création d’emplois.

Mais son bilan est décevant.

 

L’emploi n’est pas au rendez-vous, surtout que le gouvernement est accusé de masquer les chiffres du chômage.

D’autre part, les tensions sont très vives avec le Pakistan et la Chine.

Ces deux pays sont alliés contre l’Inde.

 

En Inde, comme dans un grand nombre de pays, la récession est arrivée, et des millions de personnes basculent dans la pauvreté en raison des mesures restrictives prises contre la pandémie.

 

Plus alarmant encore, les mariages d’enfants sont en forte hausse.

Les filles perdent leur accès à l’éducation, sont exposées à des violences domestiques, notamment des viols conjugaux, et à des grossesses précoces.

 

Être mère tôt est non seulement nuisible à leur santé, mais aussi à celle de leurs enfants.

Les mariages d’enfants entraînent des taux élevés de mortalité maternelle et infantile en Inde.

 

Pourquoi le mariage des filles ? Car des parents n’ont plus les moyens de subvenir aux besoins de leurs enfants.

Le travail des enfants est par ailleurs courant.

 

 

Covid-19 et pollution, un cocktail détonant

 

La pandémie a de nombreux effets collatéraux.

En Inde, le Covid-19 atteint 9 millions de cas sur 1,3 milliards d’habitants.

Officiellement, le nombre de morts est de 132.000 morts, chiffres sous-estimés selon de nombreux experts.

 

Face à trop de dilettantisme, de nouvelles mesures restrictives sont prises en Inde. Par exemple, à New Dehli les autorités quadruplent l’amende infligée à ceux qui ne portent pas le masque.

 

Le Covid-19 est renforcé par la pollution, qui en Inde fait de nombreuses victimes.

Il a été prouvé que la pollution atmosphérique augmente fortement le taux de mortalité des malades du Covid-19

 

Le gouvernement n’arrive pas à endiguer la pollution malgré plusieurs mesures.

L’Inde et la Chine sont les deux pays où la pollution de l’air, de l’eau et au travail tuent le plus de gens.

En Inde, on a compté 2,3 millions de morts en 2017.

 

Les raisons de la pollution :

  • Générateurs fonctionnant au diesel

  • Des millions de voitures

  • Chantiers de construction

  • Industries

  • Fumées des champs liées aux brûlages agricoles

  • Les feux d’artifices et les pétards pour célébrer une fois par an Diwali, la fête des lumières indienne

 

Il faut nuancer ce bilan contrasté du gouvernement car les investisseurs internationaux affluent en Inde.

Selon le FMI, une forte croissance est attendue en Inde pour 2021.

Cela même si on ne connaît pas encore le bilan final de la pandémie.

Sources: AFP, ONU, RFI

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