L’Équateur face aux gangs et aux juges corrompus
L’Équateur face aux gangs et aux juges corrompus
Introduction
Ce pays de 18 millions d’habitants souffre énormément de la violence des gangs, de l’extorsion généralisée et de la corruption.
C’est le pays le plus violent de la région, avec 50 assassinats pour 100.000 habitants. Un taux d’homicide qui explose, avec environ 9.200 meurtres en 2025, malgré une brève baisse en 2024.
Situé entre les deux principaux exportateurs mondiaux de cocaïne, la Colombie et le Pérou, ses ports sur le Pacifique sont le principal point de départ de la drogue produite dans la région.
L’Équateur subit les gangs liés aux cartels mexicains (Sinaloa, Jalisco) et colombiens, ainsi qu’à la mafia albanaise.

Il partage 1.000 km de frontières poreuses avec le Pérou et 600 km avec la Colombie.
Les violences liées à l’exploitation minière illégale et au narcotrafic s’aggravent en Colombie, en Équateur et au Pérou. Ces trois pays forment un triangle dans la production et de l’expédition de cocaïne vers les États-Unis et l’Europe (via le canal de Panama).
Souvent liées aux cartels, les activités d’orpaillage ont explosé ces dernières années et progressent vite.
Les affrontements liés au narcotrafic sont violents : des gangs rivaux liés aux cartels mexicains et colombiens se disputant le contrôle du trafic de drogue.
L’augmentation du flux de cocaïne en provenance de Colombie a déclenché en Équateur une vague de violences meurtrières. Des groupes criminels locaux et transnationaux s’affrontent pour le contrôle des routes du trafic, aggravant l’insécurité dans tout le pays.
Le port de Guayaquil est particulièrement touché.
L’Équateur était pourtant jadis un des pays les plus sûrs de la région.
Plus de 70 % de toute la cocaïne produite dans le monde transite désormais par les ports de l’Équateur.
En 2024, le pays a saisi un record de 294 tonnes de drogues, principalement de la cocaïne.
D’importantes saisies de drogue étaient aussi opérées sous l’ancienne présidence et pourtant les gangs ne cessèrent de monter en puissance.
Plus de 30 hommes politiques, autorités judiciaires et journalistes ont été tués depuis 2023 en Équateur.
Élu président en novembre 2023 puis réélu en avril 2025, Daniel Noboa a déclaré la guerre au trafic de drogue. Il gouverne avec une majorité parlementaire jusqu’en 2029.
Il fut élu en octobre 2023 pour seulement 18 mois car son prédécesseur avait choisi d’appeler à des élections anticipées pour éviter sa destitution sur fond d’accusations de corruption.
Héritier d’un magnat de la banane, il est allié de Donald Trump, et veut se montrer dur en matière de sécurité.
Il a décidé l’envoi de dizaines de milliers militaires dans les rues et dans les prisons.
Mais ils doivent affronter environ 50 000 à 60 000 personnes liées aux gangs, et on compte plus de 5.200 homicides depuis début 2025.
L’Équateur est un pays où le chômage et le sous-emploi touchent près de 23% de la population, et la pauvreté 28%. Il y a aussi beaucoup de travail informel, mal rémunéré et précaire.
Cela favorise le recrutement dans les gangs.
Émigrer pour fuir la violence des gangs
Il y a quelques jours, l’Équateur fut choqué par l’arrestation aux Etats-Unis de Liam, un enfant équatorien de 5 ans.
Il fut arrêté par l’ICE, la fameuse police de l’immigration, cela dans le contexte anti-immigration de Donald Trump.
Liam et son père sont toujours détenus au Texas, où ils sont accusés par les autorités d’avoir enfreint la législation sur l’immigration.
Les soutiens de la famille affirment, au contraire, que Liam et Adrián se trouvaient aux États-Unis de manière régulière.
En Équateur, la violence et la crise économique ont poussé plus de 94 000 personnes à émigrer en 2024, selon les chiffres officiels.
Les USA renvoient dans leur pays des immigrés équatoriens, bien que le président Daniel Noboa soit un allié de Donald Trump.
Autre événement marquant : le 27 janvier, un agent de l’ICE a tenté de pénétrer dans le consulat équatorien à Minneapolis, obligeant le gouvernement de Noboa à émettre une note de protestation à l’ambassade des États-Unis à Quito.
Les USA apportent une aide limitée contre le narcotrafic
USA et Équateur sont pourtant alliés, et Noboa souhaite une aide accrue des Etats-Unis.
Résultat, confrontés à la menace de frappes américaines ciblant le narcotrafic et à la très forte hausse de la piraterie, les pêcheurs colombiens, vénézuéliens, équatoriens et péruviens sont de plus en plus nombreux à rester à quai.
Depuis le 2 septembre 2025, les USA ont conduit plus d’une dizaine de frappes contre des embarcations considérées comme appartenant à des narcotrafiquants, faisant plus de 76 morts. Ces frappes ont lieu à la frontière entre l’Équateur et la Colombie et aussi dans la mer des Caraïbes, près du Venezuela.
Et le bilan ne cesse d’augmenter, alors que Washington a annoncé le 13 novembre le lancement de l’opération Southern Spear contre les narcoterroristes.
L’Équateur a intensifié sa coopération avec les USA, même si les bases militaires permanentes restent interdites par référendum.
Southcom est le commandement militaire américain responsable de l’Amérique centrale, de l’Amérique du Sud et des Caraïbes. Il coordonne depuis des années des opérations de lutte contre le narcotrafic dans les eaux internationales du Pacifique Est, une zone clé pour le trafic de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers l’Amérique du Nord.
Ce 23 janvier, les États-Unis ont mené une nouvelle frappe dans le Pacifique contre un bateau de trafiquants de drogue présumés, tuant deux personnes, selon l’armée américaine.
A noter qu’il y a aussi, en plus du trafic de cocaïne, du trafic d’espèces protégées et de la piraterie : des pétroliers, mais aussi des yachts de luxe, sont des cibles de prédilection pour les cartels.
Même si les actes de piraterie sont parfois le fait de bandes isolées, beaucoup sont liés au crime organisé.
C’est notamment le cas en Équateur. Les agresseurs volent aux pêcheurs leurs moteurs, qu’ils installent ensuite sur des embarcations rapides utilisées pour le narcotrafic.
Les Équatoriens ont refusé des bases militaires étrangères (notamment des USA)
Échaudés par les conséquences de la lutte contre le narcotrafic des Etats-Unis en Équateur, les Équatoriens ont rejeté en novembre, par referendum, l’installation de bases militaires étrangères.
Daniel Noboa souhaitait installer trois bases militaires étrangères dans le pays, deux avec les États-Unis et une avec le Brésil en Amazonie.
Cela afin de lutter contre la pêche illégale, le trafic de drogue et le trafic de carburants.
La dernière base américaine sur le sol équatorien avait fermé en 2009.
Ce rejet du peuple empêche les USA de revenir dans leur ancienne base militaire de Manta, sur la côte Pacifique, auparavant utilisée dans des opérations antidrogue.
Cependant, les avions radar américains continueront de surveiller le trafic de drogue sur le Pacifique, même s’ils ne décollent pas de l’Équateur.
Par ailleurs, mi-décembre, les États-Unis ont annoncé l’envoi de troupes en Équateur pour une « opération temporaire » contre le narcotrafic.
Les relations sont très tendues entre Équateur et Colombie
Ces derniers temps, Donald Trump hausse le ton contre la Colombie, l’accusant de passivité face au narcotrafic. Daniel Noboa est dans le même ton, et les tensions sont désormais vives entre Colombie et Équateur.
La frontière, faite de zones forestières, est poreuse, comportant une multitude de passages clandestins utilisés pour la contrebande.
Y prolifèrent trafics de drogue, armes, migrants, or illégal, et les affrontements armés sont fréquents. On note notamment la mort de militaires équatoriens en 2025.
Le président équatorien, résolu à la fermeté contre les narcos, avait déjà pris des mesures au sujet de la frontière perméable avec la Colombie : depuis décembre, il ne laisse ouvert qu’un seul passage frontalier avec la Colombie, et un autre avec le Pérou.
Mais cela ne suffit pas : Daniel Noboa accuse le président colombien, Gustavo Petro, de passivité face au trafic de drogue, et de ne lui apporter aucune aide.
“Nous avons fait de réels efforts pour coopérer avec la Colombie, même avec un déficit commercial dépassant 1 milliard de dollars par an”.
Il dit que ses militaires affrontent seuls les criminels colombiens et l’exploitation minière illégale à la frontière.
Il a donc décidé des sanctions, façon Donald Trump.
Voici la chronologie des événements :
- Le 21 janvier, Daniel Noboa a annoncé un droit de douane de 30 % sur toutes les importations en provenance de Colombie, effectif dès le 1er février 2026
- La Colombie réplique : droits de douane de 30 % sur une vingtaine de produits équatoriens et suspension des exportations d’électricité vers l’Équateur (qui en dépend beaucoup pendant la saison sèche occasionnant des coupures d’électricité)
- L’Équateur riposte en augmentant de 900 % les frais de transport pour le pétrole colombien via ses oléoducs, même si les volumes sont limités.
Pour essayer d’arrondir les angles, les 28-29 janvier, Petro a proposé des discussions, mais Noboa reste sur une ligne dure : pas de recul sur le tarif tant qu’il n’y a pas d'”engagement réel” de la Colombie sur la sécurité frontalière.
Ces tensions pourraient entraîner des coupures massives d’électricité en Équateur
Toutes ces mesures ont un impact économique, car le commerce bilatéral est important.
Selon des experts, les deux pays sortiraient perdants d’une guerre commerciale mais les conséquences seraient pires pour l’Équateur, l’électricité étant vitale au pays et à son économie. Sans électricité, le pays pourrait être paralysé.
Ces tensions commerciales sont en effet un réel problème pour l’approvisionnement en électricité de l’Équateur, qui a connu de fortes sécheresses.
Vu qu’en Équateur, 70% de l’énergie électrique dépend de la production hydraulique, le pays avait dû affronter en 2024 et 2025 des coupures d’électricité prolongées.
Face à ces difficultés, la Colombie avait approvisionné à plusieurs reprises son voisin, ce que n’a pas manqué de rappeler le président de gauche Gustavo Petro.
Les présidents Noboa et Petro, situés à l’opposé sur l’échiquier politique, s’affrontent fréquemment, comme sur la récente éviction du dirigeant vénézuélien Maduro par les USA.
Les tensions entre les deux pays ne sont pas nouvelles, Bogotá ayant dénoncé une opération «unilatérale» en juillet 2025, lorsque l’Équateur avait expulsé près de 800 prisonniers expulsés vers la Colombie, afin de désengorger ses prisons.
De son côté, le ministère équatorien des Affaires étrangères avait assuré le 26 juillet que les expulsions avaient été annoncées à Bogotá dès le 8 juillet, qu’elles étaient menées dans le « respect des droits humains » et « après examen individuel du cas de chaque détenu ».
L’Équateur a souvent des difficultés avec la Colombie.
Mi-mai 2025, il avait déployé 1500 militaires pour contrer une guérilla dissidente colombienne ayant tué 11 soldats lors d’une opération visant l’exploitation minière illégale. Cela dans une province frontalière avec la Colombie et le Pérou, une zone où prolifère l’exploitation minière illégale sous l’influence de groupes armés.
Hormis la sécheresse, les pénuries d’électricité sont aussi le fait de la Chine
Comme dans de nombreux pays dans le monde, Pékin est active en Amérique latine et accorde des prêts aux gouvernements ; ici en Équateur, c’est en échange de garanties pétrolières.
La Chine est aussi la principale destination des exportations non pétrolières de l’Équateur, et son principal partenaire commercial.
Les deux États ont signé un accord de libre-échange en mai 2023 qui vise en particulier les produits agricoles.
Pékin a un grand besoin d’importations alimentaires pour nourrir son importante population.
L’Équateur est aussi intéressant pour ses importantes réserves de cuivre : les entreprises publiques chinoises exploitent actuellement deux mines en Équateur, qui produisent environ 290 000 tonnes de cuivre exportées vers la Chine chaque année.
Mais revenons-en aux sécheresses au sujet desquelles sont critiquées la mauvaise gestion des entreprises chinoises, en particulier dans le secteur hydroélectrique.
Le 20 décembre 2024, la crise énergétique en Équateur a attiré l’attention sur les barrages hydroélectriques construits par les entreprises publiques chinoises.
Si en 2024 des coupures de courant furent décidées en raison de sécheresses rendant inopérantes les centrales hydroélectriques, trois autres facteurs ont aggravé le problème : les barrages hydroélectriques peu performants construits par des entreprises publiques chinoises, et le manque de formation des travailleurs équatoriens dans les centrales, ainsi que la corruption.
L’Équateur a subi le 19 juin 2024 une panne générale d’électricité à l’échelle nationale en raison de la défaillance du réseau qui a provoqué des scènes de chaos, le gouvernement blâmant le manque d’investissements passé dans des installations vétustes.
Une véritable guerre menée contre les gangs de narcotrafiquants
Si des opérations étaient menées et des saisies de drogue opérées sous le prédécesseur de Daniel Noboa, il faut noter que les choses accélèrent depuis que ce président est au pouvoir, soit depuis novembre 2023.
L’Équateur avait été très choqué, le 9 janvier 2024, lorsque des groupes de narcotrafiquants avaient attaqué plusieurs universités simultanément et pris en otage des journalistes en plein direct.
En Équateur, on estime qu’environ 50 000 à 60 000 personnes sont liées aux gangs.
Ces bandes sont bien plus nombreuses que les forces de sécurité : environ 38 000 militaires + 60 000 policiers, ce qui explique la difficulté à les éradiquer malgré les opérations massives.
Dernier événement en date, l’Équateur déploie actuellement 8 à 10.000 militaires dans les trois provinces côtières les plus violentes, Guayas, Los Rios et Manabi. L’idée est de renforcer la lutte contre la violence des trafiquants de drogue. Une opération largement médiatisée.
Parmi les 10 000 hommes déployés depuis le 16 janvier, des centaines de soldats des forces spéciales ont atterri dans la ville portuaire de Guayaquil, un point névralgique du trafic.
Les soldats sont déployés dans les zones sensibles, notamment les terminaux portuaires d’où la drogue est exportée.
Auparavant brillante et festive capitale économique de l’Équateur, Guayaquil est devenue la ville la plus violente, avec le taux d’homicides le plus élevé du pays. De janvier à septembre 2025, 1.900 personnes ont été tuées dans cette cité de 2,8 millions d’habitants.
Cette cité portuaire a basculé dans la violence avec la fulgurante montée en puissance des gangs.
Les attaques armées sont fréquentes, tout comme les extorsions et les assassinats. Ceux qui tiennent tête et ne paient pas subissent des représailles.
Dans cette ville, les bars branchés et pistes de danse se sont déplacés vers des quartiers sous haute sécurité réservés à une élite fortunée.
Les narcotrafiquants imposent des zones de surveillance, des écoles pour tueurs à gage et des centres de stockage de drogue et d’armes.
Des avions transportant du personnel militaire ont également été envoyés à Manta, le principal port de pêche du pays, autre centre critique.
Le gouvernement a annoncé que l’offensive serait « totale » contre les mafias et les groupes armés se disputant le contrôle des ports et des villes du pays.
Des succès mais la violence demeure forte
La police équatorienne a saisi plus de 211 tonnes de drogue entre janvier et décembre 2025, ce qui devrait priver les organisations criminelles de plus de 400 millions d’euros.
Près de 9 000 opérations sur les ports, aéroports, routes et zones côtières ont permis d’arrêter, en 2025, 11 000 personnes et de désarticuler 74 organisations criminelles.
En janvier 2024, suite à l’évasion de Fito et à la vague de violence déclenchée de ce fait, Daniel Noboa a déclaré son pays en conflit armé contre 22 organisations criminelles liées à des cartels internationaux.
Il a ordonné le déploiement de dizaines de milliers de militaires dans les rues.
En 2024, on peut noter des dizaines de milliers d’arrestations et une baisse du nombre d’homicides.
Plus récemment, de puissants narcotrafiquants ont été arrêtés, notamment Wilmer « Pipo » Chavarria, chef de « Los Lobos », en novembre 2025, et Adolfo Macias, alias Fito, chef d’un des principaux gangs du pays, les Choneros, qui s’était évadé et a été repris en juin 2025 puis extradé vers les États-Unis en juillet.
Cela quelques jours seulement après l’évasion d’un autre chef criminel, identifié comme « Fede », qui commandait le groupe Las Águilas, mais recapturé en octobre 2025.
Malgré cela, les horreurs se poursuivent, comme l’assassinat le 18 décembre 2025 à Guayaquil de l’international équatorien Mario Pineida.
La violence a rebondi fortement en 2025 : les homicides sont en hausse d’environ 30 % par rapport à 2024. Les premiers mois 2025 furent très violents, avec massacres, luttes internes et fragmentation aggravée des gangs. Plus de 3 600 morts sont liés à la violence de gangs de janvier à novembre 2025, et 71 % de la population est exposée à la violence organisée.
Les « narcobananas », la Russie et l’Union européenne
La cocaïne est principalement exportée vers l’Amérique du Nord et l’Europe, via le canal de Panama. Elle est souvent cachée dans des cargaisons de bananes.
L’Équateur est désormais le premier exportateur mondial de cocaïne et de bananes.
Le port de Guayaquil est un important lieu d’export. Le personnel est soit corrompu, soit obligé d’obéir aux narcotrafiquants, menacé d’extorsions ou de mort.
Les narcobananas sont si habituels qu’on a retrouvé le 22 décembre 535 kg de cocaïne dans les containers destinées à l’UE de Noboa Trading, l’entreprise familiale de Daniel Noboa.
La Russie est devenue le plus grand acheteur de bananes équatoriennes, avec 1,5 million de tonnes en 2024 et au cours du premier semestre 2025.
Des groupes criminels organisés russes profitent de cette forte importation pour inonder l’UE de cocaïne.
Notons tout de même des saisies, comme en septembre 2025. Et au premier semestre 2024, ce sont plus de 7 tonnes de cocaïne provenant d’Équateur qui ont été saisies en Russie.
Mais si la Russie est le 3e pays de destinations des drogues quittant l’Équateur, le Mexique et l’Espagne sont les deux principales.
En novembre 2024, en Espagne, en étroite collaboration avec leurs homologues équatoriens, 13 tonnes de cocaïne furent saisies dans une cargaison de bananes, un record.
Le précédent record en Espagne datait d’août 2023, avec la découverte de 9,5 tonnes de cocaïne.
Le même mois, 8 tonnes de cocaïne avaient été saisies aux Pays-Bas.
Trouver les juges corrompus par le narcotrafic
Y a-t-il encore maintenant des juges liés au narcotrafic ?
Même si le gouvernement actuel fait des efforts pour nettoyer la justice, le narcotrafic a infiltré très profondément le système judiciaire, les prisons, la police, et la politique pour obtenir des libérations, des peines réduites ou des faveurs.
Des juges, procureurs et même des hauts responsables ont été achetés pour aider les narcotrafiquants : libérer des prisonniers, réduire des peines, divulguer des informations…
Il existe des preuves solides et documentées de juges corrompus par le narcotrafic en Équateur, particulièrement ces dernières années.
Les affaires Metástasis (2023-2024) et Purga (2024-2025) ont révélé un réseau de juges, procureurs, policiers, directeurs de prisons et fonctionnaires corrompus recevant des pots-de-vin pour libérer des narcos ou réduire des peines.
Fin décembre 2025, un juge anticorruption, Carlos Serrano, a fui l’Équateur après des menaces et un retrait de sa protection policière. Il a dénoncé des pressions énormes (y compris d’un fonctionnaire de la Judicatura) pour qu’il rende un jugement favorable à un narcotrafiquant serbe (Jezdimir Srdan, accusé de blanchiment).
Il a envoyé plusieurs lettres au Consejo de la Judicatura pour alerter, en vain.
Dans le même temps, des juges sont arrêtés pour liens avec le crime organisé : 3 juges anticorruption sont accusés d’avoir essayé de libérer des membres des Comandos de la Frontera, et d’autres juges spécialisés en corruption et crime organisé ont été perquisitionnés.
La reprise en main des prisons
Suite à l’évasion de Fito en janvier 2024, la violence avait explosé en Équateur, non seulement dans les rues, mais aussi dans les prisons, qui sont d’ordinaire un point névralgique d’affrontements entre gangs, et aussi un centre d’opérations, d’où de nombreux ordres émanent.
Le gouvernement équatorien avait offert une récompense d’un million de dollars pour toute information permettant la capture de Fito.
Suite à l’évasion, ce furent mutineries, prises d’otages massives et meurtres de gardiens.
Daniel Noboa avait alors déclaré le pays en « conflit armé interne » et déployé l’armée, y compris dans les prisons, afin d’essayer de reprendre le contrôle, car bien souvent, les gardiens ont comme seul rôle d’éviter les évasions.
A l’intérieur des prisons, des gangs imposent leur loi, et les affrontements et massacres entre gangs rivaux de trafiquants de drogue sont courants.
En quête d’informations, des familles désespérées paient des chefs de gang incarcérés pour pouvoir contacter leurs proches via WhatsApp.
Le 21 avril 2024, la violence est allée jusqu’à l’assassinat d’un directeur de prison, en plein référendum sur la sécurité.
En août 2025, les militaires se sont retirés de 8 des 19 prisons où l’armée avait été déployée, mais restent dans celles jugées les plus dangereuses. Cependant les prisons restent ingérables.
Les prisons, un désastre humanitaire
Selon les familles de détenus et des organisations de défense des droits humains, la reprise en main des prisons a aggravé la situation humanitaire dans des pénitenciers surpeuplés.
En Équateur, être envoyé en prison s’apparente de plus en plus à une peine de mort.
Les décès de détenus ont augmenté de 137% entre 2024 et 2025, selon Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques chez Human Rights Watch.
Tuberculose, malnutrition sévère, VIH, mais aussi la violence : les causes de mortalité sont cataclysmiques.
Au moins 663 détenus sont également morts lors d’incidents violents dans les prisons d’Équateur depuis 2020, selon la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH).
Les conditions sanitaires sont également désastreuses, avec des eaux usées débordant des canalisations.
Encore récemment, le 10 novembre 2025, 31 personnes sont mortes dans une prison, à Machala, dans le sud-ouest.
Fin septembre, des affrontements armés dans la même prison avaient fait 14 morts, dont un surveillant.
En novembre, les affrontements furent liés à la future relocalisation de certains détenus dans la nouvelle prison de haute sécurité construite en novembre 2025 par le gouvernement pour les délinquants les plus dangereux. Elle s’inspire du célèbre Centre de confinement du terrorisme (Cecot) du président Nayib Bukele au Salvador.
Les militaires doivent être irréprochables
Indispensables à la lutte contre les narcos, les déviances des militaires sont inacceptables. Cela s’est vu lorsque la justice a lourdement condamné les militaires responsables de la disparition forcée de 4 mineurs âgés de 11 à 15 ans.
Leurs corps carbonisés avaient été découverts le jour de Noël 2024 près de la ville de Guayaquil.
Les militaires ont été condamnés le 23 décembre 2025 à 35 ans de prison.
Un verdict historique pour les avocats des familles des victimes.
Les 4 enfants avaient été frappés et entassés dans des camionnettes militaires après avoir été injustement accusés de vol à Guayaquil, où l’armée est déployée.
Cette affaire a profondément choqué en Équateur, où des organisations de défense des droits humains dénoncent des abus des forces armées, déployées dans les rues depuis 2024.
Il faut lutter aussi contre l’activité minière illégale
Cela fait des années que l’Équateur exporte plus d’or qu’il n’en produit officiellement. Beaucoup plus même puisque la différence est de plus d’un milliard d’euros chaque année.
Selon la chambre des Mines du pays, de 50 à 60 % de l’or exporté depuis l’Équateur est d’origine illégale et souvent contrôlée par les bandes criminelles.
Dans 16 des 24 provinces du pays, selon les autorités, l’activité minière illégale est chapeautée voire organisée par des bandes criminelles.
Et dans un pays où l’or paie quatre fois plus que la cocaïne, les groupes de délinquance se disputent les zones de production.
Ils pratiquent massivement l’extorsion : les personnes exploitant illégalement l’or doivent payer les groupes armés pour ne pas être tué et pouvoir continuer à travailler.
Encore pire, le groupe criminel “Los Lobos” avait séquestré 49 personnes dans une mine, forcées à travailler dans le sud de l’Équateur. Libérés en juillet 2024.
Le 4 novembre 2025, les militaires ont mené une opération militaire contre l’activité minière illégale dans le sud du pays, sous le contrôle des Choneros, l’une des deux bandes les plus puissantes du pays. Cela après une première opération identique dans la région de Buenos Aires, au nord de Quito.
Comment financer la guerre contre les narcotrafiquants
Si le président est déterminé, cette guerre a un coût.
En septembre 2025, il décida la suppression de la subvention sur le diesel.
Cela afin d’économiser environ 1,1 milliard de dollars par an, et aussi pour réduire la contrebande vers les pays voisins.
Le gouvernement tint bon, malgré des manifestations massives, surtout de la part des communautés indigènes, des transporteurs, agriculteurs et pêcheurs, qui ont organisé des blocages de routes, une grève nationale et des manifestations intenses.
L’État d’urgence a été déclaré dans plusieurs provinces, il y eût des affrontements, des blessés, au moins un mort parmi les manifestants, des centaines d’arrestations et des soldats retenus en otage puis libérés.
Le président de l’Équateur a même subi une attaque sur son cortège, mais n’a pas été blessé.
La hausse des prix des carburants avait déjà provoqué une forte mobilisation en 2019 et en 2022 sous les anciens présidents, qui avaient dû renoncer à la mesure.
Les peuples autochtones représentent près de 8% des 17 millions d’habitants de l’Équateur, selon le dernier recensement. Les dirigeants autochtones affirment que, d’après certaines études, ils représentent 25% de la population.
Autre moyen de financer la guerre contre le narcotrafic, le pétrole.
L’Équateur est l’un des principaux pays producteurs et exportateur de pétrole d’Amérique du Sud.
Il y a deux ans, référendum historique : plus de 58 % de la population a voté pour maintenir sous terre près d’un milliard de barils de pétrole brut dans le parc national Yasuní.
Cependant, peu de choses ont changé depuis, car le résultat du référendum n’est pas respecté par un gouvernement ayant besoin d’argent.
Noboa promeut une immense grande vente aux enchères pétrolière : 2,3 millions d’hectares répartis en 14 lots qui empiètent sur les territoires de sept nations autochtones. Cela dans le cadre d’un plan ambitieux visant à accroître les investissements dans le secteur des hydrocarbures, qui comprend 49 nouveaux projets pour un montant de 47 milliards de dollars.
Autre source de revenu majeure pour l’Équateur, le cacao.
Cela représente une part significative et en forte croissance des revenus d’exportation de l’Équateur, surtout depuis l’explosion des prix mondiaux en 2024-2025 due à la pénurie en Afrique de l’Ouest.
Le cacao est devenu le 4e produit d’exportation derrière le pétrole, les crevettes et les fruits (surtout les bananes).
En 2025, une année historique, où les exportations ont atteint environ 3,9 milliards USD.
Le secteur du cacao emploie des centaines de milliers de personnes (surtout des petits producteurs) et renforce la balance commerciale.
Le cacao désormais en Équateur plus que les mines d’or et d’argent.
Mais évidemment, cette manne attire la criminalité organisée.
Les producteurs sont désormais la cible d’extorsions de vols ou même de tentatives d’appropriation de leurs fermes, ou de kidnappings.
Les producteurs doivent donc investir dans la sécurité privée.
Les touristes ne sont pas prêts de revenir en Équateur
Les touristes peuvent se consoler en allant au Salvador, où la lutte musclée contre les gangs a porté ses fruits.
Hélas pour l’Équateur, privé de la manne touristique.
Dernier événement terrifiant, le 11 janvier 2026 ont été découvertes 5 têtes humaines exhibées sur une plage touristique avec un message menaçant destiné à des membres de gangs qui extorquent commerçants et habitants en échange d’une supposée protection.
Cela dans la province de Manabí, destination prisée pour l’observation des baleines, dans le sud-ouest.
Dans la même province, fin décembre, 9 personnes avaient été tuées, dont un bébé, dans des violences attribuées par les autorités à des affrontements entre bandes rivales.
Conclusion
Face à la violence qui explose malgré la « mano dura » de Noboa, on verra si l’avenir verra se concrétiser l’idée du président d’installer une base militaire américaine aux îles Galápagos, lieu prisé par les cartels pour ravitailler discrètement leurs navires, sous-marins et avions en essence, à 1.000 kilomètres du continent.
En tout cas, nous pouvons noter tout récemment un indice encourageant pour l’Équateur : son retour en fanfare sur les marchés mondiaux du crédit, ce qui est perçu comme un bon présage par les investisseurs.