Haïti : les gangs font sombrer le pays dans le chaos et l’ultra-violence

Haïti : les gangs font sombrer le pays dans le chaos et l’ultra-violence

 

L’État et la justice sont absents, tandis que les gangs contrôlent environ la moitié du territoire national et l’essentiel de Port-au-Prince, la capitale.

Tout puissants, ils se battent entre eux et font subir un enfer à la population.

Des décennies qu’Haïti va mal, mais la situation empire actuellement.

 

 

Les bandes armées terrorisent la population

Environ 200 gangs opèrent dans tout Haïti.

Enlèvements crapuleux, homicides, viols, y compris d’enfants…

Les Haïtiens fuient par dizaines de milliers mais ne savent où se réfugier, tandis que leurs habitations sont occupées, incendiées, pillées.

 

Les bandes armées sont surtout actives dans la capitale mais étendent de plus en plus leur contrôle. Elles dressent des barrages sur les routes, limitant la circulation et rackettant les passants.

 

La violence est au plus haut et la police est impuissante, tandis que des commissariats sont attaqués. Il n’y a plus d’armée en Haïti, démantelée en raison des coups d’État.

Des policiers ont aussi été tués récemment (18 depuis le début de l’année). Se sont ensuivies de violentes manifestations de policiers.

 

Depuis que le Premier ministre haïtien, Ariel Henry, a pris ses fonctions en juillet 2021, suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse, ce sont au moins 78 policiers qui ont été tués.

Terrorisée, la police est moins déterminée face aux gangs.

 

 

Catastrophe humanitaire

La violence a des conséquences terribles sur la population, car les groupes armés prennent le contrôle de l’eau potable, du carburant, de la nourriture, des médicaments et des services de santé en général.

Il faut ajouter aux pénuries l’inflation.

 

De nombreux enfants ne peuvent plus aller à l’école, car des établissements scolaires sont fermés en raison de la violence. Les attaques d’écoles ont beaucoup augmenté.

Des mineurs sont recrutés de force par les bandes armées, tandis que certains jeunes en rejoignent volontairement afin de s’enrichir et aussi pour se protéger d’autres gangs.

 

En Haïti, une personne sur deux est confrontée à la faim et vit dans une extrême pauvreté. De plus, le manque d’accès à l’eau potable entraîne une épidémie de choléra.

Les ONG et l’ONU font de leur mieux pour aider la population, mais c’est difficile sous les balles de snipers.

 

Par ailleurs, la zone agricole d’Haïti, l’Artibonite dans le nord, souffre de la sécheresse et de la violence des gangs, dont elle était jusqu’à peu épargnée.

Le climat de terreur pourrait entraîner une famine pour tout Haïti.

 

Dans la vallée de l’Artibonite et du Plateau central, les bandes armées se sont même attaquées à un hôpital en zone rurale, à Deschapelles, qui desservait plus de 700 000 personnes.

Il a dû suspendre ses activités et mettre en place un plan d’urgence.

 

 

Comment les gangs se procurent-ils leurs armes ?

 

Carte de l’ONUDC des flux d’armes à feu destinés à Haïti

 

 

Malgré l’embargo, le trafic d’armes est en hausse. Haïti a des frontières poreuses, et les garde-côtes sont eux-mêmes la cible de gangs. Le pays manque aussi de moyens humains et matériels pour surveiller ses frontières.

 

Le trafic et la puissance des bandes armées sont aidés par la corruption, problème ancien du pays. Corruption qui engloutit toute aide internationale.

Des collusions sont soupçonnées au plus haut niveau de l’État : les élites politiques sont accusées d’une corruption massive.

 

Illustration récente, en novembre 2022, plusieurs hommes d’affaires et hommes politiques, dont le président sortant du Sénat, Joseph Lambert, ont été sanctionnés par les Etats-Unis et le Canada pour leur implication dans le trafic de drogue et leurs liens avec des réseaux criminels.

 

La plupart des armes proviennent des États-Unis et transitent d’abord par la Floride.

Le chaos est tel que les importations d’armes effectuées légalement sont détournées.

En effet, malgré l’embargo, il existe des amendements américains permettant l’exportation de certaines armes à feu et munitions aux forces de sécurité haïtiennes.

 

Mais une fois arrivées en Haïti, elles sont détournées et remises en circulation sur le marché par des policiers ou des employés de sécurité.   

Tout ce trafic est involontairement alimenté par les États-Unis qui soutiennent financièrement la Police nationale haïtienne.

 

 

Ce qu’essaie de faire la communauté internationale

–        Une nouvelle émissaire onusienne a été nommée pour Haïti. Elle succède à Helen Meagher LaLime, au bilan très décrié : la situation a empiré, les gangs se sont renforcés, et la police est impuissante. Malgré ce bilan, l’ONU a graduellement diminué sa présence en Haïti, au fil des années. Ce n’est plus maintenant qu’un bureau politique d’une soixantaine de personnes.

 

–        Le Canada, après avoir déployé un avion militaire à la demande d’Haïti, va envoyer des navires de guerre pour soutenir la police. Il a aussi mis en œuvre des sanctions contre les élites économiques et politiques corrompues qui ont soutenu des gangs criminels.

 

–        En octobre dernier, le gouvernement provisoire haïtien avait réclamé l’intervention d’une force militaire étrangère. Mais la communauté internationale multiplie les gestes pour renforcer la police d’Haïti, qui est noyée : les gangs se renforcent.

 

–        En octobre, l’ONU a suggéré l’envoi d’une “force d’action rapide” en Haïti pour lutter contre l’escalade de la violence. Mais la plupart des pays se sont montrés réticents à envoyer des troupes.

 

 

Fuir à tout prix

Énormément d’Haïtiens cherchent à fuir le pays.

 

–        En janvier, le président américain a annoncé de nouvelles mesures : 30 000 migrants haïtiens, vénézuéliens, cubains et nicaraguayens pourront entrer aux États-Unis s’ils y trouvent un parrain. De nombreuses personnes se pressent donc pour faire une demande de passeport.

 

–        Au péril de leur vie, des Haïtiens partent dans des embarcations de fortune en direction du continent américain. Cependant, les nouvelles mesures mises en place depuis janvier par les Etats-Unis (ci-dessus) permettent de faire diminuer les migrations illégales et dangereuses.

 

–        De nombreuses agences basées à Haïti font croire à une vie meilleure en Turquie, et organisent une migration illégale. Faute de visa, les Haïtiens sont ensuite bloqués en Turquie, risquant la prison s’ils sortent de leur appartement.

 

–        La fuite en direction du pays voisin, la République dominicaine, est maintenant plus compliquée car en raison de l’épidémie de choléra sévissant en Haïti, les reconduites à la frontière sont systématiques.

 

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