Le mystère de la puissance turque

Le mystère de la puissance turque

 

Que se passe-t-il ?

 

La Turquie, malgré d’importants problèmes économiques et monétaires, ne semble pas manquer d’argent pour mener sa politique expansionniste.

Et aucune puissance étrangère ne s’oppose à elle.

 

 

 

 

La Chine aide la Turquie

 

Si le président Erdogan vient de prendre des mesures pour contrer la crise monétaire (limogeage du gouverneur de la banque centrale et démission du ministre des Finances, qui est aussi le gendre d’Erdogan), il faut rappeler que la Chine investit massivement dans le pays.

 

En échange d’un silence complice sur le sort des Ouïghours musulmans en Chine, voire même d’une collaboration active avec la Chine, en extradant des centaines d’activistes ouïghours, la Turquie bénéficie d’importants apports financiers.

 

La Chine, dans le cadre de son projet pharaonique des routes de la Soie, finance énormément de secteurs en Turquie, a signé avec ce pays une dizaine d’accords bilatéraux, et importe un grand nombre de produits turcs.

 

Les secteurs financés par la Chine sont nombreux : santé, énergie nucléaire, centrale au charbon, transports, infrastructures… Elle a aussi aidé la Turquie qui connaissait une grave pénurie de devises en juin.

 

Il faut aussi noter un renforcement des liens militaires entre Chine et Turquie.

Et la Turquie n’oppose aucune résistance à Huawei, pourtant soupçonné d’espionnage pour Pékin dans un grand nombre de pays, dont notamment les USA.

 

 

La Turquie est devenue un pays autoritaire

 

Grâce à l’aide de la Chine, la Turquie peut mener une politique intérieure indépendante, sans craindre de conséquences venant de l’Union européenne ou d’institutions dominées par l’Occident, telles le FMI ou la Banque mondiale.

 

Institutions qui l’obligeraient à des réformes.

Ce pays, qui autrefois était vanté pour son respect de l’État de droit, est devenu une dictature.

 

Erdogan resserre son contrôle sur les tribunaux.

La répression se durcit contre les opposants, notamment contre les Kurdes, des avocats et des journalistes.

 

Le président essaie aussi d’islamiser la société, même si le courant ne passe pas chez de nombreux jeunes Turcs.

Pour les citoyens turcs, la priorité reste l’emploi et l’économie, alors que l’inflation est forte.

 

Erdogan utilise la guerre, le nationalisme et l’idée de faire renaître l’Empire ottoman afin de faire oublier à son peuple la crise sanitaire liée au Covid-19, la crise économique, le chômage, l’inflation, le chaos démocratique, faisant emprisonner tant d’opposants politiques.

 

Autrefois proche d’Israël, les relations se distendent, alors que le président Erdogan souhaite un jour « libérer » la mosquée al-Aqsa à Jérusalem.

La Turquie est à l’offensive en Libye, en Irak contre le parti kurde terroriste PKK, en Syrie, contre la Grèce et Chypre, souhaite jouer un rôle au Liban, au Yémen, et soutient militairement l’Azerbaïdjan en guerre contre l’Arménie.

 

 

Graves atteintes à la liberté de la presse et des réseaux sociaux

 

La Turquie est régulièrement accusée par les ONG de porter atteinte à la liberté de la presse en arrêtant des journalistes et en fermant des médias.

Le pays est classé à la 154e position sur 180 à l’index de la liberté de la presse publié par RSF.

 

Dernier tourment en date, un procureur a ordonné la saisie des biens et requis jusqu’à 35 ans de prison contre le journaliste exilé Can Dündar pour ses révélations concernant les camions d’armes envoyés par la Turquie aux groupes djihadistes en Syrie.

 

L’indice de démocratie libérale compilé par l’Institut V-Dem situe désormais la Turquie parmi les vingt derniers, plus près de la Chine que des pays développés.

Le président Erdogan montre régulièrement sa nostalgie de l’Empire ottoman, et met en place un culte de sa personnalité.

 

Un groupe de 11 figures internationales de défense de la liberté de la presse, du journalisme et des droits de l’homme a récemment fait une visite en Turquie.

Son constat est accablant, dénonçant notamment un contrôle croissant de l’État sur les médias, et des emprisonnements de journalistes indépendants.

 

En septembre 64 journalistes ont comparu devant les tribunaux turcs, avec de nombreuses condamnations pour « terrorisme, espionnage et outrage envers des représentants de l’État ».

 

Le système judiciaire est devenu un instrument pour sévir contre les critiques de l’État. Par-dessus le marché, le gouvernement met la pression sur la Cour constitutionnelle turque, dernier rempart de la liberté de la presse, qui est garantie par la Constitution.

 

Même les réseaux sociaux sont sous contrôle. Les derniers développements ont eu lieu début novembre, lorsque la Turquie leur a infligé une première série de fortes amendes pour le non-respect d’une loi renforçant considérablement le pouvoir des autorités.

D’autres sanctions pourraient suivre, et la graduation des sanctions irait jusqu’à bannir les réseaux sociaux de Turquie, en mai 2021.

Sources: AFP, ONU, RFI, AP, Reuters

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Bonnet
Bonnet
21 jours plus tôt

Alain Peyrefite avait raison avec son livre des années 70 ” Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera”: c’est ce qui se passe actuellement …

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